Résumé
La vulnérabilité des athlètes au dopage résulte d’une interaction complexe entre des facteurs intrinsèques, extrinsèques et situationnels. Malgré les efforts soutenus en matière de prévention, plusieurs défis persistent, notamment l’identification précise des facteurs de vulnérabilité et la création d’un climat de sécurité psychologique permettant aux athlètes de se confier avec intégrité sur leur consommation de substances dopantes. La littérature demeure limitée quant aux variations de ces vulnérabilités selon le type de sport pratiqué. Cette étude s’appuie sur le Life Cycle Model of Performance Enhancement (Petróczi, 2008) pour examiner la prépondérance de différents facteurs de vulnérabilité en fonction des disciplines sportives.
Les objectifs de cette recherche sont : (1) d’identifier les outils de mesure validés permettant d’évaluer les facteurs de vulnérabilité et l’intention de dopage; (2) d’examiner les différences de vulnérabilité entre les sports avec et sans contacts; et (3) d’explorer les associations entre ces facteurs, la consommation de suppléments et l’attitude envers le dopage chez des athlètes universitaires.
Méthodologie
Une synthèse transversale de la littérature en sciences sociales et en santé a permis de cartographier les questionnaires validés portant sur la vulnérabilité au dopage et l’intention de dopage. Après une analyse critique de leurs forces et limites, les instruments les plus pertinents ont été retenus. Les questionnaires (environ 20 items; durée de passation d’environ 20 minutes) ont été administrés à des athlètes âgés de 18 à 25 ans, recrutés au sein des équipes universitaires du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ). L’échantillon final comprend 195 athlètes provenant de trois universités (Université de Sherbrooke, Université de Montréal, Université Concordia). Le recrutement et la supervision clinique ont été assurés par les médecins de l’équipe de recherche et les cliniques partenaires.
Résultats
Des différences marquées apparaissent entre les types de sports. Les athlètes pratiquant des sports avec contacts rapportent des motivations liées à l’amélioration de la force, de la masse corporelle et de la récupération. Ceux évoluant dans des sports sans contacts mettent davantage l’accent sur l’énergie, l’endurance et la récupération. La consommation de suppléments ne diffère pas significativement entre les groupes, mais elle est fortement associée à l’attitude envers le dopage. Les croyances relatives aux suppléments montrent également une association significative avec cette attitude. À l’inverse, le niveau de connaissance sur le dopage n’a pas d’effet sur l’attitude des athlètes, quel que soit le type de sport. La consommation de drogues récréatives présente une faible corrélation avec l’usage de suppléments, sans lien significatif avec l’attitude envers le dopage.
Importance pour le sport propre
Les résultats mettent en lumière des profils de vulnérabilité distincts selon les disciplines sportives, un aspect encore peu exploré dans la littérature scientifique sur le dopage. Les liens observés entre la consommation de suppléments, les croyances associées et l’attitude envers le dopage soulignent l’importance de cibler ces dimensions dans les stratégies de prévention. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour approfondir la compréhension des variations de vulnérabilité selon les sports et pour renforcer les interventions auprès des athlètes universitaires.