Article 03 JUIN 2022

Le travail de l’AMA en matière de prévalence du dopage : comprendre l’efficacité des programmes antidopage

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Dans cette dernière édition de « Sous les projecteurs », qui fait le point sur les activités menées par l’équipe de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et ses partenaires, nous nous penchons sur les efforts de l’AMA pour développer des outils d’estimation de la prévalence du dopage dans le sport. Cet article de « Sous les projecteurs » et les précédents sont disponibles ici

Dans le domaine de l’antidopage, la question de savoir quelle est la prévalence réelle du dopage dans le sport de compétition reste sans réponse.

Les tentatives passées de quantifier l’ampleur du problème ont abouti à des conclusions très différentes en raison de la diversité des méthodes utilisées, des populations ciblées, des définitions du dopage et des périodes visées. En conséquence, les chiffres obtenus ne sont ni représentatifs, ni comparables, ni adéquats pour orienter les efforts antidopage.

Pourquoi la prévalence est-elle importante?

« L’AMA reconnaît que, sans une compréhension adéquate de l’ampleur de la prévalence du dopage dans le sport, les chercheurs, les gouvernements et les organisations sportives sont incapables d’évaluer réellement l’efficacité des programmes antidopage, observe Marcia MacDonald, directrice associée, Recherche, de l’AMA. L’Agence est déterminée à s’attaquer à ce problème de longue date – une démarche essentielle au développement de stratégies antidopage efficaces. »

« Sans connaissances de la prévalence du dopage, nous n’avons pas de mesure de référence pour évaluer de manière optimale l’efficacité de nos initiatives, explique Andrea Petróczi, professeure à l’université de Kingston et présidente du groupe de travail sur la prévalence de l’AMA. Pour obtenir une évaluation fondée sur les résultats d’une mesure, il faut pouvoir évaluer les résultats. »

Outil de sondage sur la prévalence du dopage

Dans le but de résoudre ce problème, l’AMA a mis sur pied un groupe de travail sur la prévalence, initialement chargé de déterminer si des stratégies, des méthodes et des outils fiables pouvaient être élaborés afin de pouvoir dresser un portrait plus clair de la prévalence du dopage dans le sport. Les défis rencontrés au cours de la première phase du projet ont mis en évidence les complexités et les nuances associées à la création d’outils solide d’évaluation de la prévalence du dopage.

Le groupe de travail a réévalué ses activités en 2017, sous la direction de la présidente Andrea Petróczi. Depuis lors, il a réalisé des progrès importants dans un certain nombre de domaines clés, dont l’élaboration des méthodes suivantes pour établir la prévalence du dopage :

  1. Un sondage sur la prévalence; et
  2. Un cadre pour combiner différentes sources de données probantes et divers indicateurs de prévalence afin de produire un indice de prévalence du dopage – un chiffre relatif permettant aux fédérations internationales, aux pays, aux sportifs et aux chercheurs de voir rapidement et facilement si la situation en matière de dopage s’améliore ou s’aggrave au fil du temps.

Andrea Petróczi suggère de considérer l’indice comme une sorte de système de feux de signalisation. À l’intérieur d’un cadre quantitatif combinant les résultats, les données cumulées visent à offrir un portrait de la prévalence du dopage à l’échelle mondiale, dans chaque sport et dans chaque pays, selon un code de couleurs – le vert indiquant qu’on est sur la bonne voie, le jaune, que la situation peut être améliorée, et le rouge, qu’une attention immédiate est requise. Les ressources antidopage pourraient alors être affectées en fonction des risques.

Le sondage sur la prévalence a été conçu comme une nouvelle composante pour orienter l’indice de prévalence du dopage. Il s’agit de la seule arme de l’arsenal antidopage qui permet d’évaluer une population entière de manière simple et à peu de frais.

« Le grand avantage du sondage réside dans le fait qu’il est généralement peu coûteux et ne nécessite aucune connaissance spécialisée, précise la professeure Petróczi. L’AMA fournit les questions et s’occupe de l’analyse des données. L’exercice prend cinq minutes à peine au sportif. Techniquement, le sondage pourrait donc être utilisé pour atteindre un très grand nombre de personnes dans le monde. »

Le groupe de travail ne se fait pas d’illusion : le sondage sur la prévalence n’est pas infaillible. Ses membres sont toutefois convaincus qu’il peut jouer un rôle de plus en plus important dans les efforts antidopage au fil du temps, surtout s’il est combiné aux résultats des données de contrôle et au Passeport biologique de l’athlète, par exemple.

Motiver les sportifs à répondre honnêtement

L’un des aspects les plus difficiles du sondage est de convaincre les sportifs qui se dopent ou qui se sont dopés qu’ils peuvent l’admettre en toute sécurité.

Selon la professeure Petróczi, la méthode de sondage du groupe de travail sur la prévalence a été minutieusement élaborée pour garantir que les réponses individuelles des répondants soient et restent toujours entièrement confidentielles. « Pour prendre un exemple extrême, même si j’ai la photo, le nom et les réponses d’un sportif, je suis tout de même incapable de savoir comment il a répondu à la question sur la prévalence, explique-t-elle. Il est parfaitement sûr de révéler toute pratique d’amélioration des performances. (Pour plus de détails sur la méthode, cliquez ici (en anglais).) Mais se sentir en sécurité ne rime pas toujours avec être motivé à dire la vérité. La motivation doit être favorisée par la façon dont le sondage est mis en œuvre. »

Une façon d’encourager les sportifs à participer à un tel sondage est de les convaincre qu’ils peuvent aider les générations actuelles et futures en disant la vérité sur le dopage dans leur sport ou leur pays. Une réponse souvent invoquée par les sportifs dopés est qu’ils utilisent des substances interdites parce que tout le monde le fait, et que ne pas le faire reviendrait à perdre toute chance de gagner. Si le sondage peut aider à montrer que la prévalence du dopage dans leur sport est moins élevée que ce qu’ils pensent, cela pourrait entraîner un changement de mentalité et potentiellement réduire le recours aux substances et méthodes interdites.

Pour contribuer à ce que les sportifs se sentent plus impliqués dans le processus, le groupe de travail les a inclus dès le départ à la conception et à l’élaboration du sondage afin qu’ils puissent avoir voix au chapitre.

« Les sportifs doivent maintenant faire preuve de courage, poursuit la professeure Petróczi. Si la prévalence est plus ou moins élevée que notre perception, nous devons le savoir. Peut-être les réponses obtenues ne seront-elles pas celles que nous souhaitons, mais la communauté a besoin de savoir. »

Mise en œuvre

Comme le sondage est relativement simple et court (on estime qu’il faut entre deux et cinq minutes pour y répondre), la professeure Petróczi affirme qu’il se prête bien à une administration à grande échelle en ligne, à l’occasion de manifestations multisports ou lors du prélèvement d’échantillons d’urine ou de sang.

Les sportifs qui participeront aux prochains Jeux du Commonwealth à Birmingham, en Angleterre, du 28 juillet au 8 août 2022, seront les premiers à avoir l’occasion de répondre à la dernière mouture du sondage, qui sera ensuite disponible lors d’autres manifestations. Des versions précédentes ont été administrées aux Jeux du Commonwealth sur la Gold Coast en 2018, aux Jeux européens de 2019 à Minsk, au Bélarus, aux Jeux du Pacifique de 2019 à Apia, aux Samoa, et aux Jeux panaméricains de 2019 à Lima, au Pérou.

La Commission espagnole de lutte contre le dopage dans le sport (CELAD) a déjà mis en œuvre le sondage et prévoit de l’utiliser lors d’une manifestation qui aura lieu plus tard dans l’année. L’Agence antidopage du Royaume-Uni (UKAD) a lancé le sondage en mai, et plusieurs autres organisations nationales antidopage, dont l’Agence japonaise antidopage (JADA), ont exprimé leur intérêt à cet égard.

Le groupe de travail sur la prévalence aimerait voir davantage d’organisations nationales antidopage, de fédérations internationales et d’organisateurs de grandes manifestations adopter l’outil rapidement. Plus le sondage sera utilisé, plus le groupe de travail sera en mesure de formuler des commentaires et des conseils à la fin de son mandat.

Contribuez!

Le groupe de travail sur la prévalence présentera son travail lors du Symposium annuel 2022 de l’AMA à Lausanne, en Suisse, les 11 et 12 juin, puis lors de la Conférence mondiale sur l’éducation de l’AMA à Sydney, en Australie, en septembre. L’objectif est de mettre le sondage et d’autres aspects de l’indice de prévalence du dopage à la disposition d’un nombre croissant de partenaires en 2023.

Entretemps, si vous souhaitez en savoir plus au sujet du projet sur la prévalence ou de toute autre initiative du groupe de travail, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse science@wada-ama.org.