24 Septembre 2018
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Lettre de Sir Craig Reedie, président de l'Agence mondiale antidopage, concernant la conformité de la Russie 

23 septembre 2018

Depuis les révélations faites en décembre 2014, le dopage en Russie a empoisonné le sport et miné sa place dans le monde. La confiance du public s’est érodée. Les sportifs sont frustrés. Les parents ont une nouvelle raison de renoncer à encourager leurs enfants à s’adonner au sport.

La tricherie en Russie a été plus répandue, plus sophistiquée, plus perfide et appuyée par plus de membres de l’administration publique que partout ailleurs depuis la création de notre système mondial antidopage. Elle nous a mis à rude épreuve. Dans le tumulte qu’a causé cette semaine le grand pas en avant vers la résolution de l’affaire, il faut toutefois se rappeler que l’AMA a été la première organisation sportive à affronter le problème, en mandatant deux enquêtes indépendantes à long terme.

Du fait de tricheurs russes, des sportifs propres se sont vu refuser une place aux finales des Jeux olympiques ou n’ont pas eu la chance de monter sur un podium devant la foule réunie au stade, et il est donc tout à fait compréhensible que la réhabilitation d’institutions fautives comme l’Agence antidopage de Russie soulève des réactions enflammées.

L’AMA partage les inquiétudes des sportifs et a agi dans la mesure où elle l’a pu. L’AMA n’a pas le pouvoir de déterminer les admissions aux compétitions sportives ni d’imposer des sanctions aux dopés. Cette responsabilité appartient aux organisateurs de manifestations, aux fédérations sportives internationales et aux organisations nationales antidopage. Si des sportifs russes ont été présents dans tous les sports et à chaque compétition possible depuis les conclusions présentées en 2016, à l’exception notable de l’athlétisme et des sports paralympiques, cela est imputable aux dirigeants des sports et des manifestations en question.

Le mandat de l’AMA se limite à établir une solide agence antidopage russe, ce à quoi elle a travaillé au cours des dernières années avec l’aide d’experts externes. Nous avons exercé des pressions sans relâche pour faire avancer le dossier et obtenir des concessions, même si nous avons utilisé pour cela des formules polies, voire diplomatiques.

Au début de l’été dernier, 29 des 31 critères de la feuille de route vers la conformité étaient déjà satisfaits. L’agence russe avait atteint les mêmes normes que celles attendues de toute autre organisation. Il ne lui restait plus qu’à reconnaître ses actes répréhensibles et à accorder l’accès au laboratoire de Moscou, comme elle en avait convenu dans la feuille de route acceptée en janvier 2017.

Les membres du Comité indépendant de révision de la conformité de l’AMA se sont réunis en juin et ont défini plus précisément ces deux critères en vue de sortir de la longue impasse, principalement en exigeant l’accès aux données et aux échantillons du laboratoire dont nous avons besoin depuis longtemps pour établir la culpabilité des sportifs soupçonnés. J’ai proposé ces deux définitions au ministre des Sports de la Russie et, le 13 septembre, nous avons enfin reçu une réponse qui assumait le blâme et établissait un délai serré pour l’accès au laboratoire.

Les experts indépendants ont jugé cela suffisant et proposé le rétablissement de la conformité, sous réserve du respect de l’échéance critique fixée au 31 décembre pour l’accès requis. Le Comité exécutif de l’AMA a accepté cette proposition. Nous comprenons le scepticisme qui entoure l’accès à ce que le laboratoire de Moscou peut encore posséder. Mais l’échéance, assortie d’une décision inévitable de renouvellement de la non-conformité si elle n’est pas respectée, place l’AMA dans une bien meilleure position qu’au cours des quatre dernières années, surtout que de nouvelles sanctions plus rigoureuses s’ensuivraient.

L’obtention des données dans un délai raisonnable est nécessaire dans le cadre de nombreuses procédures disciplinaires en cours, et maintenant que la Russie s’est engagée à respecter une échéance stricte, il existe une réelle possibilité que cela se produise enfin.

Cela provoque naturellement beaucoup d’émoi. Les relations avec la Russie retrouvant l’intensité de celles de l’époque de la Guerre froide, l’AMA a récemment fait l’objet de nombreuses critiques publiques pour avoir permis et même favorisé la réhabilitation, mais la plupart ont incorrectement décrit les pouvoirs limités de l’AMA, les motifs de la décision de cette semaine et les conditions très strictes imposées.

En particulier, l’accusation selon laquelle l’AMA – et moi personnellement – avons été motivés par l’argent plutôt que par les intérêts du sport propre est totalement fausse et profondément insultante. En qualité d’ancien directeur général de l’AMA, l’auteur de ces remarques devrait être plus avisé.

La décision de cette semaine repose entièrement sur l’atteinte de la conformité de la Russie, selon une procédure convenable. Un processus antidopage faisant l’objet d’une supervision régulière en Russie est certainement le meilleur moyen de rassurer les sportifs de ce pays, et d’ailleurs, de la prédominance du sport propre. L’occasion de résoudre enfin des cas de dopage soupçonné, mais sans preuves irréfutables, ne pouvait pas être reportée.

La Russie doit maintenant tenir ses engagements officiels. Les sportifs propres, les gouvernements et la communauté du sport la surveillent de près, avec l’AMA à l’avant-poste.

Sir Craig Reedie

Président, Agence mondiale antidopage