27 Septembre 2018
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L'AMA collabore avec l'Agence antidopage du Kenya et l'athlétisme pour présenter les conclusions du groupe de travail du Projet Kenya

Le service Renseignements et enquêtes de l’Agence mondiale antidopage (AMA) a présenté aujourd’hui le rapport de son groupe de travail du projet Kenya à Nairobi, en collaboration avec l’Agence antidopage du Kenya (ADAK) et l’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU).

La réunion de deux jours est la toute dernière initiative mise en œuvre par le service Renseignements et enquêtes de l’AMA à la suite du lancement, en décembre 2016, d’une vaste enquête, appelée « projet Kenya », sur le dopage systématique en Afrique de l’Est révélé par des lanceurs d’alerte et des reportages dans les médias. L’AMA et l’AIU ont créé le projet en vue de mettre sur pied un réseau multipartite équipé pour s’attaquer au problème, principalement dans les compétitions de courses de fond. La réunion de cette semaine a été l’occasion de rassembler tous les partenaires autour de la question pour la première fois et de donner la parole aux enquêteurs de l’AMA pour qu’ils renseignent les participants sur les progrès réalisés jusqu’ici.

Le projet visait deux objectifs : d’abord, comprendre les pratiques de dopage des sportifs kényans afin d’identifier les personnes impliquées à tous les niveaux; ensuite, mettre sur pied un réseau multipartite pour mieux s’attaquer au problème du dopage dans le sport au Kenya. Voici les principales personnes ciblées par l’enquête :

  • coureurs de fond d’élite et de niveau inférieur résidant ou s’entraînant au Kenya et participant à des compétitions internationales;
  • entraîneurs, personnel d’encadrement, escortes, médecins et personnel médical des coureurs;
  • officiels du sport du Kenya (lorsqu’il existait un lien crédible avec la corruption ou d’autres crimes graves).

Le rapport de synthèse du projet (en anglais), maintenant publié sur le site Web de l’AMA, présente plusieurs conclusions importantes :

  • Les pratiques de dopage des sportifs kényans sont simples, opportunistes et non coordonnées, et il n’y a pas de preuve d’un système institutionnalisé.
  • D’après les substances détectées, les sportifs kényans utilisent le plus souvent la nandrolone et l’EPO.
  • Les sportifs kényans sont mal informés sur le dopage ou ferment volontairement les yeux sur les conséquences du dopage.
  • Le rôle des professionnels de la santé locaux et des membres du personnel quasi médical (p. ex. chimistes) concerne avant tout l’accessibilité des substances interdites pour les sportifs et leur entourage.
  • Certains professionnels de la santé locaux et membres du personnel quasi médical ne sont pas conscients de leur rôle dans la facilitation de l’accès des sportifs et de leur entourage à des substances interdites, ou choisissent délibérément de ne pas en tenir compte.
  • Les avantages des dispositions du Code mondial antidopage (le Code) liées à l’« aide substantielle » sont largement sous-utilisés par les sportifs kényans qui se sont fait prendre à se doper.

Étaient présents à la réunion de cette semaine des représentants de la Fédération kényane d’athlétisme, du ministère des Sports du Kenya, du Pharmacy and Poisons Board du Kenya, du Tribunal des litiges sportifs du Kenya, des forces de l’ordre locales, d’INTERPOL, de l’organisation régionale antidopage Afrique Zone V et de certaines organisations nationales antidopage (ONAD) intéressées, dont celles de la Norvège et du Royaume-Uni, qui ont aidé ADAK à bâtir son infrastructure et déjà eu à traiter des cas mettant en cause des sportifs kényans. Surtout, il s’agissait de la première rencontre de ces groupes au même endroit pour discuter du dopage au Kenya.

« Nous prenons les pratiques de dopage au Kenya très au sérieux, affirme Gunter Younger, directeur du service Renseignements et enquêtes de l’AMA, et nous nous sommes livrés à un travail assidu pour en établir l’étendue et la nature dans l’athlétisme et pour tenter d’y trouver la meilleure réponse possible.

« Une réunion comme celle-là, qui rassemble toutes les parties concernées par cette réponse, est une étape très importante. Nous croyons qu’une approche multilatérale énergique et unifiée est essentielle pour faire progresser la cause du sport propre au Kenya. Le dopage dans ce pays diffère d'autres structures de dopage découvertes ailleurs dans le monde et il exige par conséquent une approche différente. Nous avons pu déterminer que le dopage au Kenya n’est pas sophistiqué ou organisé et ne semble pas être institutionnalisé.

« Il faut donc une stratégie sur plusieurs fronts. C’est pourquoi, en réponse aux problèmes découverts, nous avons établi un réseau de collaboration, d’éducation, d’enquête et de poursuite, que dirigent l’AIU et ADAK. Le projet lui-même est maintenant terminé, mais le travail ne fait que commencer. Si nos recommandations sont mises en œuvre, le projet Kenya aura abouti sur une meilleure éducation des sportifs et des professionnels de la santé, de plus grands pouvoirs d’enquête pour ADAK, un réseau actif de lanceurs d’alerte et, au bout du compte, un programme antidopage plus robuste au Kenya.

« ADAK ne peut s’en charger à elle seule. Il faudra l’entière coopération et la pleine participation de divers autres groupes, notamment les forces de l’ordre, les sportifs et leurs représentants, les organismes gouvernementaux et la fédération kényane d’athlétisme. Je tiens à remercier nos collègues de l’AIU et d’ADAK qui dirigeront les efforts sur le terrain et qui, avec notre assistance et notre soutien continu, combattront les tricheurs. » 

Pour sa part, le chef de l’AIU, Brett Clothier, a remercié l’équipe du service Renseignements et enquêtes de l’AMA pour le lancement de ce projet et sa progression jusqu’à cet important jalon. « Le Kenya est un grand pays et une fière nation d’athlétisme, à juste titre, mais il y règne un grave problème de dopage. Les raisons en sont complexes et il n’existe pas de solution facile; l’AIU est toutefois déterminée à collaborer avec ses partenaires du Kenya en vue d’améliorer la situation.

« Actuellement, les sportifs kényans représentent 22 % du programme de contrôles hors compétition de l’AIU et au moins autant des heures de notre équipe Renseignements et enquêtes. L’AIU a financé l’établissement d’un nouveau laboratoire sanguin à Nairobi. Nous investissons beaucoup de temps et de ressources dans la lutte contre le dopage au Kenya.

« Nous ne cherchons pas qu’à monter des dossiers; nous voulons comprendre le problème en profondeur afin de trouver des solutions concrètes et durables aux défis propres au Kenya. Nous sommes heureux de dire qu’en plus de l’AMA, nous pensons avoir de réels partenaires au Kenya qui participeront à ces solutions. La Fédération kényane d’athlétisme et ADAK collaborent étroitement avec nous et contribuent grandement à la lutte contre le dopage dans l’athlétisme. »

« Le Kenya a l’honneur d’être le premier pays du monde à tenir un tel forum, ce qui renforce notre statut de puissance sportive, dit Japhter Rugut, directeur exécutif d’ADAK. De plus, je crois que la lutte antidopage exige un effort concerté et c’est pour cette raison que nous accueillons nos partenaires pour établir notre mode de coopération dans le domaine sensible des renseignements et des enquêtes afin d’assurer la promotion du sport propre.

« Cette réunion nous a nettement motivés à continuer de remplir notre mandat stratégique. Nous sommes particulièrement reconnaissants à l’AMA de son aide cruciale dans la lutte contre le dopage, d’autant que nous sommes une jeune ONAD. Cette occasion constitue pour nous un bon tremplin pour poursuivre la révision de nos stratégies antidopage, surtout maintenant que le pays dispose d’un laboratoire approuvé par l’AMA. »

Parmi les représentants et porte-parole des sportifs à la réunion, mentionnons le président de la Commission des athlètes du Comité national olympique du Kenya, ainsi que l’ex-joueur de rugby de niveau international, Humphrey Kayange.

M. Kayange, qui est aussi biochimiste, a souligné qu’il s’agissait d’un jour important pour le sport propre au Kenya. « Le niveau de coopération qui existe déjà entre les partenaires clés est formidable. Dans un premier temps, nous devons intensifier l’éducation des sportifs et de leur entourage afin de remédier à l’ignorance et à la négligence volontaire des responsabilités.

« Il est bon que la voix de sportifs soit entendue dans le cadre de ce processus et nous préconisons l’établissement de procédures de contrôle et d’enquête améliorées au Kenya pour que ceux qui choisissent de tricher soient pris et traduits en justice. Les sportifs propres méritent de savoir qu’ils peuvent rivaliser dans un contexte équitable. »

Au cours de la rencontre, le groupe de travail du projet Kenya a présenté ses résultats et renseignements obtenus à ce jour. L’AIU a fait le point sur les efforts en cours au Kenya, le travail des organisations antidopage externes au Kenya a été expliqué, il y a eu un exposé sur les enquêtes d’ADAK et INTERPOL a parlé de son projet Energia, initiative appuyée par l’AMA pour aider les pays membres à comprendre et à combattre le trafic de substances améliorant la performance par une analyse ciblée de cette activité criminelle.

Afin de renforcer la coopération et de planifier la collaboration à venir dans ce domaine, l’équipe Renseignements et enquêtes a aussi organisé des réunions opérationnelles le vendredi avec les participants qui souhaitaient discuter des dossiers en cours et des stratégies élaborées.