2 Avril 2017
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Déclaration de l’AMA au sujet du reportage d'ARD

L’Agence mondiale antidopage (AMA) est au courant du reportage et de l’article intitulés « Dopage – Top secret » diffusés aujourd’hui par la chaîne allemande ARD. 

Ils portent sur le programme de nouvelles analyses du Comité International Olympique (CIO) pour les Jeux Olympiques d’été de 2008 à Beijing, notamment sur les décisions de gestion des résultats prises relativement aux niveaux très faibles de clenbutérol, une substance interdite. 

Il a été établi scientifiquement que de très faibles quantités de clenbutérol peuvent être détectées chez un sportif lors d’un contrôle de dopage si celui-ci a ingéré de la viande contaminée. Des centaines de cas ont été répertoriés, et ils se limitaient à certains pays où la contamination est un problème connu et dans lesquels les sportifs avaient séjourné, s’étaient entraînés et (ou) avaient participé à des compétitions. Ces cas ont été traités de la même manière que ceux qui avaient été relevés par le biais du programme de nouvelles analyses de Beijing. 

Cette situation peu satisfaisante relative à la contamination de la viande au clenbutérol a largement été reconnue par la communauté antidopage. En effet, lorsqu’un cas positif vise un sportif qui a séjourné dans un des pays où la contamination de la viande au clenbutérol est répandue, la communauté antidopage juge déraisonnable de faire peser le fardeau de la preuve sur le sportif, c’est-à-dire de lui demander de prouver que la viande qu’il a consommée était contaminée, surtout huit ans après coup. Toutefois, avant de fermer un cas après la détection de faibles niveaux de clenbutérol qui concordent avec l’ingestion de viande contaminée, l’AMA recommande d’enquêter sur certains points, notamment la consommation de viande et la présence de la personne concernée dans une zone géographique où la contamination de la viande est répandue.

« Nous reconnaissons que le problème de la viande contaminée au clenbutérol est insatisfaisant, a affirmé Olivier Niggli, directeur général de l’AMA. Depuis 2011, l’Agence a donc mené plusieurs études dans le but de se doter de moyens d’analyse pour faire la distinction entre la prise de clenbutérol d’origine pharmacologique et l’ingestion de viande contaminée. Nous continuerons d’investir dans la recherche scientifique pour régler ce problème le plus rapidement possible, a-t-il poursuivi. Entre-temps, nous maintenons toutefois qu’entamer des procédures disciplinaires contre des sportifs présentant de faibles concentrations de clenbutérol dans leur urine lorsqu’ils viennent de pays où le risque de contamination est élevé aurait de très minces chances d’aboutir, voire aucune chance, et serait très injuste pour les sportifs concernés. »

Quant aux affirmations d’ARD sur le programme de nouvelles analyses du CIO pour les Jeux Olympiques de 2008 à Beijing et, plus précisément, sur les décisions de gestion des résultats prises relativement aux faibles niveaux de clenbutérol, l’AMA a travaillé en étroite collaboration avec le CIO et, après de longues délibérations et sans connaître l’identité des sportifs concernés, a conclu que les niveaux décelés concordaient avec des cas de viande contaminée. 

Soulignons aussi que beaucoup d’autres cas de dopage au clenbutérol (des centaines) ont fait l’objet de poursuites et ont mené à des sanctions depuis 2010. La prise de clenbutérol d’origine pharmacologique à des fins de dopage ne demeure pas impunie. La raison doit toutefois l’emporter lorsque les faits entourant un cas positif indiquent que le sportif a séjourné dans un des pays où il est établi que la contamination de la viande au clenbutérol est répandue. En attendant que la recherche nous fournisse les moyens de faire une distinction claire et absolue entre les cas d’ingestion de viande contaminée et ceux de prise de clenbutérol d’origine pharmacologique, tous les cas doivent être gérés équitablement, dans l’intérêt du sport propre.

Comme il s’agit d’un sujet très complexe qui donne lieu à des interprétations erronées, l’Agence aimerait clarifier les faits suivants :

Faits supplémentaires

Clenbutérol

  •   Le clenbutérol est une substance interdite, classée dans la catégorie des autres agents anabolisants sur la Liste des interdictions, car il favorise la croissance des muscles en raison de ses propriétés anabolisantes.
  •   Les sportifs utilisent parfois le clenbutérol comme optimiseur de performance pour accroître leur masse musculaire maigre et réduire leurs tissus adipeux.
  •   Depuis plusieurs années, on signale l’utilisation de clenbutérol dans certains pays pour favoriser la croissance du bétail, notamment le bœuf, l’agneau et le porc.
  •   Déjà en 2011, l’AMA avait émis des avertissements concernant ce problème particulier en Chine et au Mexique, deux pays où la prévalence de la contamination de la viande au clenbutérol est forte.
  •   On a signalé de nombreux cas dans divers pays où l’ingestion de viande provenant d’un animal auquel on avait illégalement administré du clenbutérol avait conduit à des échantillons positifs présentant de faibles niveaux.
  •   Malheureusement, les pratiques agricoles et le contrôle de la salubrité des aliments dans ces pays ne relèvent pas des autorités de la lutte contre le dopage, et l’ingestion par inadvertance est un problème récurrent pour les sportifs. La question a été soulevée auprès de autorités publiques. Toutefois, dans la plupart des cas, il s’agit d’un enjeu lié aux activités du marché noir dans la chaîne de production de la viande.
  •   Malgré l’amélioration continue des méthodes d’analyse aux fins des contrôles de dopage, il demeure toujours impossible, sans tenir compte d’autres facteurs, de déterminer si un échantillon positif découle de la prise de clenbutérol d’origine pharmacologique ou de l’ingestion non intentionnelle de cette substance dans de la viande contaminée.
  •   En vertu du Code mondial antidopage (le Code), toute quantité de clenbutérol doit être signalée par les laboratoires accrédités de l’AMA.
  •   Avant les Jeux de Beijing, nous avons averti les sportifs du problème de contamination alimentaire au clenbutérol en Chine. Depuis, d’autres informations en ont confirmé la forte prévalence dans ce pays.
  •   En ce qui concerne le programme de nouvelles analyses du CIO pour les jeux de Beijing, il a été déterminé qu’il n’était pas raisonnable de demander aux sportifs, huit ans plus tard, de se rappeler ce qu’ils avaient mangé qui aurait pu mener à l’ingestion de cette substance et à quel endroit cela s’était produit.
  •   Il y a eu de nombreux cas bien en vue outre ceux du programme de nouvelles analyses du CIO qui ont été gérés de la même manière, comme la centaine de joueurs dont les contrôles ont révélé la présence de clenbutérol par suite de l’ingestion de viande contaminée lors de la Coupe du Monde de la FIFA pour les moins de 17 ans, qui a eu lieu au Mexique, en 2011.  
  •   Par souci d’équité envers tous les sportifs, l’approche de l’AMA pour traiter ce type de cas a été uniforme lorsque les niveaux et les circonstances pouvaient laisser croire qu’il y avait eu ingestion de viande contaminée.
  •   Depuis que le problème de la contamination de la viande a été dévoilé, l’AMA a travaillé en étroite collaboration avec les autorités sportives des pays concernés pour s’attaquer à la cause fondamentale du problème et a consacré des ressources importantes à la recherche dans le but de faire la distinction entre le clenbutérol d’origine pharmacologique et celui qui est issu de la viande contaminée. Ces travaux se poursuivent.
  •   Soulignons que les laboratoires accrédités de l’AMA détectent chez des sportifs partout dans le monde de très faibles niveaux de clenbutérol lors de contrôle de dopage. Des cas sont régulièrement signalés et sanctionnés lorsqu’il est prouvé qu’il s’agit de clenbutérol d’origine pharmacologique. Des centaines de cas ont fait l’objet de poursuites depuis 2010.

Le programme de nouvelles analyses du CIO : Jeux Olympiques de 2008 à Beijing

  •   Le programme de nouvelles analyses du CIO est appliqué conformément à l’article 6 du Code.
  •   Toutes les nouvelles analyses des Jeux de 2008 à Beijing étaient fondées sur des renseignements obtenus.  
  •   Sur les 4 800 échantillons prélevés aux Jeux, 1 053 ont été soumis à une nouvelle analyse.
  •   Les nouvelles analyses sont toujours réalisées au moyen de méthodes d’analyse améliorées visant à détecter des substances interdites que l’analyse effectuée au moment des Jeux n’aurait pu déceler.
  •   En avril 2016, lorsque le CIO a demandé une nouvelle analyse d’échantillons d’urine prélevés aux Jeux de 2008, le laboratoire de Lausanne a découvert quelques cas présentant de faibles niveaux de clenbutérol pour certains pays et certains sports.
  •   À titre d’autorité de gestion des résultats, le CIO a signalé ces résultats d’analyse provisoires à l’AMA en avril 2016.
  •   Toutes les valeurs étaient inférieures à 1 ng/ml, des résultats qui se situent dans les limites acceptables pour des cas de contamination potentielle de la viande.  
  •   Avant de tirer des conclusions, l’AMA a conseillé au CIO de réaliser des analyses de profil et de lui rendre compte des résultats. Autrement dit, l’Agence a demandé au CIO de vérifier la présence de facteurs communs entre les cas permettant de déterminer s’il s’agissait de dopage ou de contamination de la viande.
  •   En mai 2016, après avoir pris connaissance des analyses de profil fournies par le CIO, l’AMA a confirmé qu’elle ne pouvait établir de profil clair et évident d’abus de clenbutérol dans ces cas-là. Par conséquent, il ne serait pas raisonnable d’y donner suite ni de demander aux sportifs de prouver que les résultats étaient attribuables à l’ingestion de viande contaminée, surtout huit ans après coup. 
  •   Le CIO a informé l’AMA que les résultats seraient utilisés à des fins de ciblage : tous les sportifs concernés qui ont participé aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 ont été ciblés pour de nouvelles analyses.

                                                                                                         -FIN-

CONTACTS DE L'AMA POUR LES MÉDIAS
Ben Nichols, responsable principal, Relations médias et communication
Téléphone: + 1-514-904-8225
Courriel: media@wada-ama.org

Maggie Durand, coordonnatrice, Relations médias et communication
Téléphone: + 1-514-904-8225
Courriel: media@wada-ama.org