20 Septembre 2016
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Réponse de Sir Craig Reedie, président de l’AMA à la lettre d'opinion de Gerardo Werthein, président du Comité olympique argentin, publiée dans "Around the Rings"

Réponse de Sir Craig Reedie à la lettre d'opinion de Gerardo Werthein, président du Comité olympique argentin, publiée dans Around the Rings

Je n’ai pas l’habitude de participer à des débats dans les médias, mais les commentaires de mon collègue Gerardo Werthein, du Comité international olympique (CIO), publiés cette semaine dans Around the Rings exigent une réponse.

Je suis troublé de constater qu’on continue d’exprimer des opinions laissant entendre que l’Enquête indépendante McLaren de l’AMA et la réaction de l’AMA au rapport découlant de cette enquête constituent « le problème ». On s’attendrait plutôt à ce que l’AMA soit félicitée d’avoir cherché à régler « le véritable problème », c’est-à-dire la manipulation par l’État, démontrée, du processus de contrôle du dopage, qui met en cause le gouvernement russe et le laboratoire de Moscou. Au mois de mai, le professeur Richard McLaren s’est vu confier la tâche de mener une enquête et de produire un rapport sur les allégations faites à ce moment-là dans le New York Times et à l’émission 60 Minutes, tâche qu’il a accomplie en un peu moins de deux mois.

Le Rapport McLaren, publié le 18 juillet, a révélé que ce programme de manipulation par l’État allait encore plus loin que ce qu’avaient exposé au grand jour les agences de presse et ne se limitait pas aux équipes russes de sports d’hiver ayant participé aux Jeux olympiques de Sotchi 2014, mais concernait également les équipes russes pratiquant des sports olympiques d’été. Devant des révélations de cette envergure, l’AMA, l’organisme de réglementation mondial responsable de la lutte contre le dopage, n’avait d’autre choix que de recommander au Mouvement sportif, ainsi qu’elle l’a fait, de refuser l’admission de sportifs aux Jeux olympiques de Rio 2016.

Comme je l’ai dit à maintes reprises, en particulier lors de la réunion du CIO qui a eu lieu avant les Jeux olympiques de Rio, l’AMA ne disposait tout simplement pas de preuves probanteslui permettant de dénoncer cet abus jusqu’à ce que l’ancien directeur du laboratoire de Moscou, Grigory Rodchenkov – qui avait été interrogé plusieurs fois par la Commission indépendante dirigée par Richard Pound, mais n’avait pas fourni de preuves  – ait enfin présenté ces preuves en mai. L’AMA avait des discussions avec les dénonciateurs depuis 2010 déjà, mais il a fallu à ces derniers près de quatre ans pour rassembler et présenter les preuves corroborées nécessaires à la tenue d’une enquête. Une fois que l’AMA a eu ces preuves en main, en décembre 2014, elle a immédiatement mis sur pied la Commission Pound en janvier 2015, au moment où elle a obtenu, en vertu du Code mondial antidopage, l’autorisation légale de le faire.

Ainsi, une fois investie des pouvoirs d’enquête nécessaires, l’AMA en a usé de manière responsable et efficace en créant la Commission Pound, et ensuite en lançant l’Enquête McLaren.

À la suite des révélations de l’Enquête McLaren en juillet 2016, ne pas s’attaquer à ce problème majeur à la veille des Jeux olympiques et paralympiques de Rio 2016 n’était pas envisageable.

Qu’on me comprenne bien, l’AMA ne peut être tenue responsable des violations des règles antidopage par les Russes. Au contraire, l’AMA a fait ce qu’il fallait. Pour la première fois, ces deux enquêtes ont mis au grand jour – les preuves nécessaires pour que les sanctions adéquates puissent être imposées. Le CIO a décidé de déterminer l’admissibilité aux Jeux de Rio en fonction d’un ensemble de critères différent laissant les décisions aux fédérations internationales. Ce n’était pas la recommandation du Comité exécutif de l’AMA, c’était celle du CIO, et c’est elle qui a prévalu pour les Jeux .

Le débat public qui a suivi a entraîné diverses demandes de révision de la structure et des processus de l’AMA et de renforcement du mouvement antidopage. L’AMA est en faveur d’une telle démarche. D’ailleurs, le présent article est rédigé pendant le premier d’une série de groupes de réflexion qui a lieu à Lausanne.

Il ne fait pas de doute qu’au cours des 17 dernières années, l’AMA a mis en place un vaste système antidopage fondé sur la collaboration avec ses partenaires –avec l’appui de 98 % des gouvernements du monde en vertu de la Convention de l’UNESCO contre le dopage dans le sport – et qu’elle a mené beaucoup des nouvelles initiatives antidopage. Tout cela a été accompli dans un partenariat où le sport et les gouvernements ont une représentation égale. Le Mouvement sportif détient 50 % des sièges au Comité exécutif et au Conseil de fondation de l’AMA. Cet équilibre a donné lieu à une situation où la grande majorité des pays ont des règles conformes au Code mondial antidopage. Il existe aussi un Comité de la conformité indépendant externe dont le rôle est de superviser la mise en œuvre de rigoureux programmes antidopage à l’échelle mondiale.

En ce qui concerne le siège social de l’AMA, il est situé à Montréal depuis de nombreuses années, tandis que le bureau régional européen, à Lausanne, travaille presque exclusivement avec le Mouvement sportif – une collaboration qui, nous dit-on, est considérée comme extrêmement importante par les fédérations internationales qui en bénéficient.

La structure de gouvernance de l’AMA prévoit une représentation égale du Mouvement sportif et des gouvernements qui fonctionne bien depuis de nombreuses années. À la base, toute organisation visant à protéger les sportifs propres doit être entièrement indépendante et reconnue par tous, et disposer de ressources suffisantes pour établir et remplir son mandat. Le débat actuel constitue une occasion de renforcer l’AMA et, de facto, le système antidopage mondial. Le groupe de réflexion d’aujourd’hui s’est penché sur des enjeux clés tels que la prévention de la corruption dans les procédures antidopage, la mise en place de conséquences pour les cas de non-conformité et la révision de la structure de gouvernance et de financement de l’AMA. Il a été encourageant d’entendre des représentants du CIO déclarer durant la rencontre que le Mouvement olympique n’a pas l’intention d’affaiblir le rôle de l’AMA, mais plutôt la volonté de renforcer son indépendance et ses pouvoirs de réglementation.

J’espère sincèrement que d’autres partenaires feront de nombreuses contributions positives et que ce débat aura pour effet de renforcer le système antidopage et l’AMA, l’agence indépendante la mieux outillée pour continuer d’agir comme leader du mouvement du sport propre.