20 Mai 2015
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Les médias : le quatrième pouvoir dans la lutte contre le dopage

Par Ben Nichols, responsable principal, Relations médias et communication de l’AMA

De plus en plus familière avec les modifications apportées aux règles antidopage le 1er janvier, lors de l’entrée en vigueur du Code mondial antidopage 2015, la communauté antidopage mondiale poursuit sa réflexion approfondie sur l’orientation actuelle du sport propre. Depuis qu’elles ont fait l’objet d’un consensus de la part du Mouvement sportif et des gouvernements il y a 18 mois, à Johannesburg, et surtout depuis qu’elles sont entrées en vigueur au début de l’année 2015, les révisions apportées aux règles antidopage ont été couvertes par les médias de tous les continents. Résultat, les nouveaux objectifs de la lutte contre le dopage et les moyens grâce auxquels les changements sont adoptés, notamment la collaboration et la transparence, sont maintenant plus clairs.

Renforcer la collaboration pour rassembler les forces de l’ensemble des partenaires, qu’il s’agisse des organisations antidopage, des sportifs, des laboratoires et même des médias, était le thème sous-jacent du Symposium de l'AMA pour les organisations antidopage tenu en Suisse au mois de mars. Parmi les sujets abordés lors de ce symposium, notons les relations entre organisations antidopage et laboratoires et la fin de l’omertà qui subsistait jusqu’à tout récemment au sein du cyclisme et qui empêchait les sportifs de parler ouvertement du dopage. Le Symposium a aussi été l’occasion pour Juliet Macur, reporter de renom au New York Times, d’interviewer Betsy Andreu, la plus fervente des partisanes du sport propre. Également au programme du Symposium, des séances sur la formation de partenariats entre organisations antidopage et des échanges stimulants sur la collaboration entre les médias et les organisations antidopage. Bref, une foule de sujets menant à une seule conclusion : c’est grâce au partage des idées, à l’entraide et à la transparence à propos des défis à relever et des solutions à trouver pour y parvenir que la lutte contre le dopage atteindra de nouveaux sommets.

La discussion entre les représentants des médias et des organisations antidopage a révélé le progrès extraordinaire qui a été réalisé en antidopage. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis l’époque lointaine où la méfiance teintait les relations entre les journalistes et la communauté antidopage, alors perçue par certains comme un « groupe fermé ». Les membres du panel réunis à Lausanne se sont entendus pour dire que les règles et les processus des organisations, et bien sûr l’importance des droits des sportifs qui les sous-tendent, sont beaucoup mieux compris de nos jours. Selon eux, cette compréhension serait à l’origine de l’amélioration des interactions entre ces deux communautés. Si le Mouvement sportif, les gouvernements et les athlètes sont perçus comme les trois pouvoirs fondamentaux du sport propre, sans doute les médias peuvent-ils être considérés comme le quatrième.

Comme le suggérait le thème de la table ronde des médias au Symposium de l’AMA (Les médias peuvent-ils vous aider dans votre travail?), et comme l’ont unanimement confirmé les membres de ce panel : les médias ont assurément un impact sur le travail des organisations antidopage. À travers l’histoire, et lors d’événements plus récents, les médias ont non seulement contribué à l’éducation antidopage du public, mais ils ont joué un rôle tout aussi important en dénonçant les scandales de dopage. Dans la communauté antidopage comme ailleurs, il faut parfois un scandale pour arriver à faire la lumière sur les problèmes, et le journalisme d’enquête a certainement contribué à mettre au jour les scandales de dopage. À preuve, la mise sur pied d’un service de lutte contre le dopage par le diffuseur allemand ARD en 2007 a permis d’accroître le financement accordé aux journalistes qui enquêtent sur le dopage. De telles initiatives sont les bienvenues parce qu’elles permettent de suivre de très près les activités de dopage et de souligner les efforts des organisations antidopage.

Bien entendu, lorsqu’il s’agit du domaine complexe de l’antidopage, les questions d’intérêt du public doivent être soupesées en regard des droits des sportifs. Tous les sportifs qui obtiennent un résultat positif à un contrôle du dopage ont droit à une audience équitable à huis clos ou, ultimement, devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Ce sujet a semé la controverse lors de la table ronde des médias au Symposium de l’AMA. À cet égard, le public doit comprendre que les organisations antidopage n’invoquent pas « le processus » pour éviter d’avoir à révéler l’identité d’un sportif suivant une fuite dans les médias, mais bien pour protéger les droits du sportif en permettant aux organisations de faire leur travail sans avoir à réagir aux innombrables rumeurs et à la spéculation. Duncan Mackay, rédacteur en chef d’Inside the Games et l’un des cinq participants à la table ronde des médias, a mentionné que les règles antidopage sont bien mieux comprises aujourd’hui que par le passé, ce qui a eu pour effet d’améliorer grandement la transparence et les relations entre la communauté antidopage et les médias. En effet, les règles actuelles du Code mondial antidopage accordent à l’organisation responsable une certaine flexibilité dans la divulgation publique des violations des règles antidopage. Plus précisément, l’organisation peut annoncer qu’une violation des règles antidopage a eu lieu si celle-ci a été confirmée par l’analyse de l’échantillon B, mais elle doit le faire au plus tard vingt jours après le rendu de la décision finale.

Deux autres types d’intervention des médias peuvent réellement avoir un impact sur la lutte contre le dopage. D’abord, en dévoilant les cas de dopage au public en temps opportun et en jouant sur la crainte et la honte du sportif d’être associé à un scandale, les médias peuvent détourner les sportifs et leur entourage du dopage avant même qu’ils n’y succombent. L’AMA est d’avis que dans bien des cas, l’idée seule d’être dénoncé suffit pour dissuader les sportifs d’envisager le dopage. En d’autres mots, le risque n’en vaut pas la chandelle.

Ensuite, les médias peuvent jouer un rôle dans la promotion des initiatives antidopage positives, et ils le font de plus en plus. Partout dans le monde, des sportifs propres diffusent leur message par l’intermédiaire d’organismes comme le Comité des sportifs de l’AMA et d’activités de sensibilisation auprès de milliers d’athlètes actuels et en devenir. Ils les informent non seulement sur leurs droits et leurs responsabilités, mais également sur les dangers et les risques du dopage en faisant valoir qu’il existe un autre moyen de parvenir à leurs fins : le sport propre.