29 Avril 2015
Bookmark and Share

« En faisant la promotion du sport propre, l’AMA renforce la confiance des sportifs comme du grand public »

Par Sir Craig Reedie, président de l’Agence mondiale antidopage

Le mois dernier, la communauté mondiale antidopage s’est réunie à Lausanne, en Suisse, une ville considérée par beaucoup comme l’épicentre du monde sportif, pour le plus grand rassemblement annuel des représentants de la lutte contre le dopage dans le sport à l’occasion du Symposium de l’AMA pour les organisations antidopage.

Ce n’est pas un hasard si l’édition 2015 a accueilli un nombre record de participants. L’entrée en vigueur à l’échelle mondiale de la version mise à jour et améliorée du Code mondial antidopage a donné un véritable élan au travail de la communauté antidopage. Nous avons le réel sentiment que c’est avec le vent dans les voiles que nous avançons dans le monde du sport en constante évolution.

J’aimerais rappeler aux lecteurs ce sur quoi la communauté sportive et les gouvernements se sont entendus en acceptant le Code mondial antidopage révisé lors de la Conférence mondiale sur le dopage dans le sport,  tenue à Johannesburg il y a 18 mois. Cette version révisée prévoit entre autres l’imposition de suspensions prolongées à ceux que nous pourrions appeler les vrais tricheurs, comme l’a réclamé l’ensemble de la communauté, et tout particulièrement les sportifs. Ces sanctions « plus sévères » sont contrebalancées par une flexibilité accrue. Un athlète pourra en effet voir sa sanction réduite s’il peut prouver qu’il n’a pas triché intentionnellement (s’il a pris des compléments contaminés, par exemple).

La révision touche aussi le partage de l’information et la collecte de renseignements. N’oublions pas qu’on peut démasquer un tricheur même en l’absence d’un contrôle positif. Des preuves démontrant une violation des règles antidopage non analytiques peuvent aussi suffire; d’ailleurs, beaucoup de cas de dopage qui ont fait grand bruit au fil des ans se sont avérés de nature non analytique. L’important est que l’organisation responsable rassemble des preuves véritablement convaincantes. Les organisations antidopage ont maintenant de plus grandes responsabilités en ce qui concerne les enquêtes à mener. C’est aussi le cas des gouvernements, dont on attend qu’ils mettent en place des mesures pour faciliter le partage d’information avec les organisations antidopage.

« Il incombe aux sportifs de se distancier des personnes malhonnêtes dans leur entourage. »

Le Code comprend aussi maintenant des règles pour mieux encadrer l’entourage d’un sportif qui, comme nous l’avons constaté dans les dernières années, peut avoir une très grande influence sur les décisions de l’athlète. On trouve des médecins, des agents, des thérapeutes et des entraîneurs malhonnêtes dans tous les pays, surtout que les incitatifs financiers pour performer dans le sport sont toujours de plus en plus importants. Il allait donc de soi que la communauté antidopage s’entende pour répondre à cette préoccupation grandissante en adoptant de nouvelles règles, par exemple celle de l’« Association interdite ». Selon cette règle, un sportif commet une violation des règles antidopage s’il est associé, à titre professionnel, avec une personne qui est actuellement suspendue ou qui l’aurait été dans les six années précédentes si elle avait été soumise aux règles d’une organisation antidopage à ce moment. Il incombe aux sportifs de se distancier des personnes malhonnêtes dans leur entourage.

« Il faut contrôler les bons sportifs pour détecter les substances appropriées au bon moment. »

Les organisations adoptent aujourd’hui à l’égard des contrôles une approche beaucoup plus intelligente que par le passé. Jusqu’à cette année, on s’inquiétait du fait que certains sports ne procédaient pas aux contrôles de dépistage pour toutes les substances interdites, laissant ainsi aux tricheurs la chance de s’en tirer à bon compte. Ce n’est maintenant plus le cas. Les organisations planifient désormais la distribution de leurs contrôles de façon plus astucieuse, en soumettant les sportifs à des tests pour dépister les substances jugées les « plus à risque » dans leur sport en particulier. Pour que les athlètes propres aient davantage confiance dans le système, il faut contrôler les bons sportifs pour détecter les substances appropriées au bon moment.

« La priorité est de sensibiliser les générations futures – les sportifs de demain – pour qu’ils sachent dès le début de leur carrière que le dopage est fondamentalement répréhensible. »

Le nouvel ensemble de règles met un accent particulier sur l’éducation. Nous parlons tous de l’importance de sensibiliser les sportifs, les membres de leur entourage et les autres aux dangers du dopage, et de veiller à ce que les sportifs propres, qui constituent la majorité, comprennent les règles et sachent bien ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas consommer. Nous sommes toutefois conscients que d’éradiquer le dopage parmi les sportifs d’aujourd’hui représente un défi de taille. Nous n’arriverons pas à changer la culture de tricherie au sein de la génération actuelle des sportifs d’élite du jour au lendemain. Notre priorité est donc de transmettre notre message aux générations futures – les sportifs de demain – pour qu’ils sachent dès le début de leur carrière que le dopage est fondamentalement répréhensible. C’est pourquoi le Code fait maintenant expressément la distinction entre information et éducation, et qu’il souligne l’importance de prévenir le dopage. Nous accomplissons des progrès majeurs en ce sens, notamment grâce au Programme d’apprentissage pour les sportifs sur la santé et l’antidopage (ALPHA) et au projet avec les universités qui compte maintenant de nombreux utilisateurs.

 « Aux athlètes qui jugent pénibles les procédures antidopage, soyez assurés que l’AMA se bat pour protéger les sportifs propres du monde entier. »

Tous ces changements fondamentaux reposent sur la pleine application des principes de proportionnalité et des droits de l’homme, dont l’importance est explicitement mentionnée dans le Code. En fait, il convient de rappeler aux athlètes qui jugent les procédures antidopage pénibles, voire intrusives, que le rôle de l’AMA est de protéger les sportifs propres. Nous ne livrons pas une lutte au sport. Nous nous battons plutôt pour protéger les sportifs propres du monde entier, car ce sont eux qui ont besoin de protection contre les torts causés par le fléau du dopage. Dans la foulée des changements importants aux règles, l’AMA a commencé – et continuera – à travailler en collaboration avec les signataires pour s’assurer que leurs règles sont conformes au Code et que leur mise en application est la plus efficace possible. Pour les signataires qui n’observent pas encore les nouvelles règles, un processus de conformité bien structuré reposant sur un groupe d’experts a été mis en place afin que toute décision ou recommandation en matière de conformité soit prise de façon indépendante et avec l’appui de la communauté antidopage. 

« Le Passeport biologique de l’Athlète permet aux sportifs de prouver qu’ils sont propres. »

Le Passeport biologique de l’Athlète, aussi connu sous le sigle PBA dans le milieu de l’antidopage, est un outil qui gagne en popularité auprès de ceux qui contrôlent les sportifs. Le PBA, qui mise sur la détection des signes de dopage dans les échantillons de sang ou d’urine d’un sportif plutôt que sur le dépistage direct des substances dopantes, permet de repérer les tendances des comportements de dopage au fil du temps, ouvrant ainsi la voie à une lutte plus intelligente contre le dopage.

D’abord et avant tout, le PBA permet aux sportifs de prouver qu’ils sont propres. Plus de 35 organisations antidopage utilisent maintenant le module hématologique du PBA dans le cadre de leurs programmes antidopage, notamment dans les domaines du cyclisme, du tennis et du football, tandis que toutes les organisations ont accès au module stéroïdien lorsqu’elles recueillent des échantillons d’urine de sportifs.

« Le Symposium de l’AMA pour les organisations antidopage a bien montré l’importance que les sportifs se prononcent sur la question du dopage. »

Au cours des 18 derniers mois, nous avons réalisé des progrès importants afin de donner la parole aux sportifs, un aspect auquel on accorde maintenant une importance sans précédent. Les acteurs du Mouvement sportif et des gouvernements en sont en effet venus à la conclusion qu’il était primordial que les règles antidopage soient appuyées inconditionnellement par ceux qu’elles visent à protéger : les sportifs. La place prépondérante qu’a occupée le Comité des sportifs de l’AMA lors du récent Symposium pour les organisations antidopage ne laisse aucun doute sur l’importance que revêt le point de vue des sportifs. Une séance complète a été consacrée à l’influence des sportifs, de leur entourage et des médias, preuve qu’outre les décideurs habituels, ces groupes jouent un rôle déterminant pour l’avenir du sport propre. Lors d’une entrevue spéciale avec Betsy Andreu (la femme de Frankie Andreu, ancien coéquipier de Lance Armstrong) et de la séance du Comité des sportifs de l’AMA, les participants au Symposium ont entendu des athlètes s’exprimer sur l’importance de briser le silence. La peur de dénoncer le dopage – ainsi que les comportements inappropriés des membres de l’entourage d’un sportif – était un problème bien connu dans le sport, mais maintenant qu’on en parle plus ouvertement, les témoignages d’athlètes devraient se multiplier. À l’aube de son dixième anniversaire, le Comité des sportifs de l’AMA continue de faire des progrès. Il a déjà accompli beaucoup au cours de la dernière décennie, et avec à sa tête Beckie Scott, une athlète qui avait d’abord remporté le bronze à Salt Lake City avant de se voir décerner la médaille d’argent puis d’or en raison du dopage des deux autres gagnants, je suis convaincu que le Comité maintiendra sa réputation de courage et de détermination à l’égard des problèmes de dopage. Grâce aux relations étroites qu’il entretient avec d’autres comités de sportifs, il devrait continuer d’aller de réussite en réussite.

« En s’associant à des sociétés pharmaceutiques, l’AMA demeure à l’affût des substances dont les sportifs risquent d’abuser. »

Les partenariats constituaient l’un de principaux thèmes du Symposium de cette année. Nous visons tous le même objectif : un sport exempt de dopage. Le partenariat et le partage des ressources sont des mesures efficaces pour rehausser les normes des programmes de contrôle du dopage. Il est réjouissant de voir des exemples concrets de ces types de partenariat. Au Kenya, un groupe de travail composé d’Antidopage Norvège, de l’Agence antidopage de Chine et de l’AMA a été formé afin d’aider et de guider la mise sur pied de l’Agence antidopage du Kenya, ce qui devrait contribuer à enrayer certains problèmes de dopage dans le pays. Plus récemment encore, l’AMA a signé une entente de collaboration de trois ans avec Antidopage Norvège et la Commission antidopage de la Turquie. Grâce à cette alliance, la Norvège pourra, avec l’appui de l’AMA, mettre à profit son expertise pour aider la Turquie à établir un programme antidopage national efficace qui sera pleinement conforme au Code mondial antidopage.

L’AMA ne se contente toutefois pas de former des partenariats avec les organisations antidopage. Comme nous l’avons constaté lors de la Deuxième Conférence internationale sur l’industrie pharmaceutique et la lutte contre le dopage qui s’est tenue à Tokyo en janvier, les partenariats entre la communauté antidopage et l’industrie pharmaceutique sont essentiels à la stratégie à long terme de l’AMA et de ses partenaires. L’événement, qui a connu un franc succès, a mis en lumière la menace que présente désormais le dopage pour la santé publique en général, et plus seulement pour le sport. L’AMA s’est récemment associée à des organisations pharmaceutiques internationales comme Pfizer et l’Innovative Medicines Initiative (IMI) afin de favoriser un partage efficace de l’information qui aidera l’industrie pharmaceutique à minimiser les risques d’abus des nouveaux médicaments. Cette initiative aidera du même chef l’AMA à mettre au point de nouvelles stratégies pour identifier les substances présentant des risques de mésusage ou d’abus par les sportifs. Ces partenariats sont avantageux pour les deux communautés.

« Le Fonds de recherche antidopage AMA-CIO est un grand pas en avant et il démontre que le Mouvement sportif et les gouvernements – qui forment ensemble les deux volets de l’AMA – peuvent collaborer efficacement dans l’intérêt des sportifs propres. »

Nous demeurons résolus à poursuivre nos efforts en matière de recherche scientifique et en sciences sociales, et d’énormes progrès ont été réalisés depuis l’annonce de la création d’un Fonds de recherche antidopage par le Comité international olympique (CIO) en décembre 2013. Depuis 2001, l’AMA a investi plus de 60 M$ US dans la recherche scientifique. Elle a été en mesure de s’assurer le soutien de divers gouvernements et, grâce aussi à la participation du CIO, le Fonds de recherche antidopage frôle aujourd’hui les 13 M$ US, montant qui servira à appuyer la recherche antidopage axée sur la protection des sportifs propres. Ce fonds est un grand pas en avant et il démontre que le Mouvement sportif et les gouvernements – qui forment ensemble les deux volets de l’AMA – peuvent collaborer efficacement dans l’intérêt des sportifs propres. À l’heure où les sports d’élite sont plus lucratifs que jamais, les sportifs trouvent tous les raccourcis possibles, y compris le dopage, pour atteindre la gloire. C’est ce qui pousse l’AMA et ses partenaires dans la lutte contre le dopage à continuer de prioriser la recherche; nous sommes déterminés à demeurer à l’avant-garde des tendances et des méthodes de détection novatrices.

En faisant la promotion du sport propre par ses travaux de recherche et, plus globalement, sa lutte contre le dopage, l’AMA se trouve à renforcer la confiance des sportifs comme du grand public.