2 Février 2015
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« La lutte antidopage : un enjeu préoccupant tant pour la société que pour le sport »

Déclaration du président de l’AMA, Sir Craig ReedieOn me demande souvent pourquoi le sport, et en particulier le sport « propre », a tant d’importance. En 2015, le sport est une industrie énorme, très commerciale et très lucrative, et certains s’interrogent : « Pourquoi s’évertuer à préserver l’esprit sportif? » Esprit qui, selon les plus cyniques, aurait tout simplement disparu.

Ni moi ni, je crois, la grande majorité de ceux qui travaillent dans le sport et ont appris à l’apprécier, ne partageons cette opinion. Le sport est un microcosme de la société, et sa pratique, récréative ou compétitive, forme le caractère et enseigne les bonnes valeurs. C’est cette philosophie qui oriente constamment mon travail à la tête du mouvement antidopage. Cependant, mon engagement de longue date au sein de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et plus particulièrement ma présidence depuis 12 mois m’ont permis de constater que le dopage n’est plus seulement un enjeu pour le sport, c’est un enjeu tout aussi crucial pour la société. Et personne ne peut en douter.

La semaine dernière, l’AMA, l’UNESCO, le ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie (MEXT) du Japon et l’Agence antidopage du Japon (JADA) co-organisaient la Deuxième Conférence internationale sur l’industrie pharmaceutique et la lutte contre le dopage. Le seul fait que cette conférence ait été nécessaire démontre que le dopage n’est plus un problème qui touche exclusivement le sport. Ce fléau est devenu un enjeu pour toute la société. Il présente des dangers importants pour la santé publique et exige à ce titre une mobilisation mondiale. Les organisations antidopage, les sociétés pharmaceutiques et les gouvernements sont d’accord là-dessus. Et le monde entier est concerné.

Les organisations mondiales de premier plan, comme l’UNESCO, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et Interpol, ont toutes participé à la Conférence, car, comme l’AMA, elles sont conscientes que le dopage constitue l’un des problèmes les plus pressants de notre temps. Nous savons tous que si nous ne luttons pas collectivement contre ce fléau et contre ses répercussions sur la santé publique en général, le problème va s’aggraver. Les plus grandes sociétés biopharmaceutiques (Pfizer, GlaxoSmithKline, Amgen, Roche) étaient présentes à la Conférence, car elles ont la conviction, comme l’AMA, qu’il s’agit d’un enjeu mutuel pour nos deux secteurs d’expertise.

Pour la communauté antidopage, le dopage est une menace à l’intégrité même de ce qui demeure fondamental : assurer un sport propre et équitable pour tous, c’est-à-dire un sport qui récompense le talent et le dévouement et qui bannit l’utilisation de substances ou de méthodes interdites. En collaborant étroitement avec l’industrie pharmaceutique, nous pouvons identifier les substances médicales légitimes dont les sportifs ont tendance à abuser pour améliorer leur performance, et surtout, nous pouvons alerter les sociétés pharmaceutiques sur ces abus. De leur côté, les sociétés pharmaceutiques peuvent informer les organisations antidopage comme l’AMA des médicaments qu’elles développent et qui pourraient avoir des propriétés intéressantes pour les tricheurs. Les avantages sont énormes pour la lutte contre le dopage puisque cette collaboration permet à nos experts scientifiques d’élaborer des méthodes de détection précoce de ces substances, ce qui nous aide à garder une longueur d’avance sur ces tricheurs. Les avantages de cette collaboration sont évidents pour tout le monde.

L’AMA compte sur son propre modèle pour combattre efficacement le dopage : elle est en effet composée à parts égales par les gouvernements et le Mouvement sportif. Cette composition est extrêmement avantageuse pour l’AMA depuis des années et lui offre une plateforme pour prendre le mal à la racine. À la Conférence de Tokyo, les gouvernements se sont joints à des institutions privées de l’industrie pharmaceutique pour discuter de stratégies visant à réduire au minimum le dopage dans le sport et dans la société dans son ensemble. Il s’agit d’un excellent exemple de la capacité de l’AMA à rapprocher le secteur public et le secteur privé au nom de l’intérêt général. Le Mouvement sportif s’attend à ce que les gouvernements placent l’antidopage en tête de leurs priorités. Nous entendons de plus en plus parler d’autres « maux » au sein du sport, comme les paris illégaux et les matchs truqués – des enjeux qui menacent sérieusement l’intégrité du sport –, mais qu’y a-t-il de plus important pour le Mouvement sportif que d’éradiquer le dopage, avec le soutien des gouvernements? Le dopage sème le doute dans l’esprit du public et si nous ne parvenons pas à le contrer, le public se demandera si ce qu’il voit sur son écran ou dans l’arène sportive est bien réel.

Le Mouvement sportif continue de jouer un rôle déterminant dans la protection des droits des sportifs propres, mais les gouvernements peuvent apporter une contribution cruciale dans le domaine de la santé publique. Le sport, qui est aujourd’hui une industrie extrêmement lucrative, fait face à un vrai problème : des médicaments sont contrefaits, produits, vendus et distribués illégalement; ils finissent entre les mains d’athlètes d’élite et, de plus en plus, de monsieur et madame Tout-le-Monde. Si les gouvernements peuvent adopter des lois et imposer des peines afin de combattre ces abus, les forces policières pourront alors agir et le fléau du dopage pourra être maîtrisé. Le directeur général de l’AMA, David Howman, a souligné ce problème lors de la Conférence en déclarant que ces substances ne sont plus utilisées uniquement par les sportifs d’élite, mais aussi par des élèves du secondaire qui veulent accroître leur force ou par les générations plus âgées qui espèrent y trouver la Fontaine de jouvence. Ces substances ne sont pas approuvées et n’ont pas fait l’objet d’études cliniques requises. Par conséquent, nous ne savons pas toujours d’où proviennent ces produits douteux. Or, Internet facilite l’accès à ces substances, ce qui en tant que tel est très inquiétant. Cependant, les partenariats que forment la communauté antidopage et l’industrie pharmaceutique constituent une vraie réponse au danger que présentent ces substances pour la santé publique.

Le vice-président de Pfizer, David Verbraska, a employé une analogie sportive en disant : « Dans toute bonne équipe qui veut se donner la chance de gagner, chaque équipier a un rôle à jouer et doit contribuer au meilleur de ses forces. » C’est vrai pour les sociétés pharmaceutiques, pour l’AMA et pour les gouvernements.

Quelles mesures pratiques pouvons-nous donc prendre pour faire suite aux discussions très productives qui ont eu lieu la semaine passée?

Tout d’abord, les partenariats et les ententes de principe seront des moyens de lutte efficaces dans l’avenir. La conclusion de partenariats avec des objectifs clairs offre une solution concrète au problème. L’AMA est active à ce niveau, ayant déjà formé des alliances officielles avec des sociétés comme Pfizer, GlaxoSmithKline, Roche et Amgen, et avec des instances comme la Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM), mais nous continuons à chercher de nouvelles façons de combler les lacunes qui peuvent exister entre nos deux communautés. Ensuite, les deux secteurs doivent aller plus loin dans le partage des informations à l’échelle mondiale. Les tricheurs trouveront tous les raccourcis possibles pour atteindre la gloire. Ce ne sont pas les cas qui manquent. Il appartient aujourd’hui aux défenseurs du sport propre (organisations antidopage, gouvernements, organisations de santé publique ou forces de l’ordre) de partager l’information qui permettra d’empêcher que des substances interdites tombent dans de mauvaises mains. Les nouvelles règles antidopage, à savoir le Code mondial antidopage 2015, soulignent cet impératif. 

Les événements de la semaine dernière nous donnent de bonnes raisons d’envisager l’avenir avec optimisme car, malgré ces défis pressants, il y a une volonté collective du Mouvement antidopage et du milieu pharmaceutique non seulement de protéger le sport de lui-même, mais aussi de protéger le public des dangers que ces substances représentent pour la santé. 
C’est cette conviction  qui animera l’AMA dans les mois et les années à venir.