8 Décembre 2014
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Kenneth Egan : Conseils d’un champion de boxe aux jeunes sportifs

Kenneth Egan est un ancien boxeur de compétition de 32 ans originaire de Clondalkin, en Irlande. En mai 2014, il a été nommé pour un mandat de cinq ans au conseil de comté de Dublin Sud et il étudie actuellement en vue d’obtenir un diplôme en counseling et psychothérapie. Reconnu comme l’un des meilleurs athlètes de son pays, Kenneth a remporté la médaille d’argent dans la catégorie poids mi-lourd aux Jeux olympiques de Beijing en 2008 en plus d’être le capitaine de l’équipe de boxe irlandaise. Dix fois champion national élite – deux fois dans la catégorie poids moyen et huit fois dans la catégorie poids mi-lourd – il est également double médaillé de bronze aux championnats d’Europe. Kenneth s’est joint au Comité des sportifs de l’AMA en 2012. Il entraîne des boxeurs juniors et cadets de l’équipe irlandaise, ainsi que des jeunes de son club de boxe local de Neilstown.

L’un des murs du gymnase du stade national de Dublin est couvert de phrases et de citations inspirantes écrites par les boxeurs du programme de haute performance. J’ai passé tellement de temps à m’entraîner là que je les connais par cœur.

Ma contribution? « Accepte tes erreurs, mais tires-en des leçons. »

C’est moi tout craché. Je me suis souvent trompé. Je ne suis pas parfait, et je ne pense pas que personne le soit, mais j’essaie d’apprendre de chacune de mes erreurs.

De mon école locale de Neilstown au club de boxe de Dublin, j’aurai mis 18 ans pour obtenir un podium aux Jeux de Beijing, non sans connaître bien des hauts et des bas. Cependant, j’ai toujours travaillé fort et eu confiance en moi.

Le tournant décisif dans ma carrière a eu lieu lors des qualifications pour les Jeux olympiques de 2008. Deux boxeurs de ma catégorie ont testé positifs à un contrôle antidopage et ont été disqualifiés. L’un d’eux s’était déjà qualifié pour les Jeux, tandis que l’autre n’a pu participer à la troisième et dernière épreuve de qualification à Athènes.

Le jour de ma qualification à Athènes a été le plus beau de toute ma vie! J’étais en route pour Beijing, où je réaliserais mon rêve d’enfant.

J’ai remporté une médaille d’argent à Beijing, mais le tirage au sort et les résultats auraient pu être bien différents si ces deux boxeurs n’avaient pas été démasqués. S’ils n’avaient pas été disqualifiés et avaient représenté leurs pays respectifs aux Jeux de 2008, je n’aurais peut-être pas atteint la finale. Mais justice a été rendue. Des sportifs propres ont livré des combats justes et équitables. Nos médailles étaient méritées.

Dans toutes les disciplines, un sportif honnête, qui met du cœur à l’ouvrage, mérite sa chance de remporter la victoire – et d’avoir la certitude que son adversaire ne triche pas. En tant que médaillé olympique, je suis très fier d’avoir remporté mon titre en y mettant les efforts et le dévouement nécessaires. J’ai gagné ma médaille sans dopage et je n’ai pas à vivre dans le mensonge.

Je suis également fier d’être membre du Comité des sportifs de l’AMA.

La présence de l’AMA et des mesures antidopage, dont on parle au sein du Comité comme ailleurs, est très importante. Son message doit être largement diffusé afin de rejoindre le plus de gens et d’organisations possible. Il y a tant d’aspects négatifs dans la tricherie et malheureusement, le dopage existe encore. C’est pourquoi nous devons continuer de véhiculer notre message auprès du public, pour que tout le monde sache que les tricheurs seront démasqués et devront vivre dans la honte.

Frankie Fredericks est un ardent défenseur du sport propre et l’écouter en parler est fascinant, à juste titre. En effet, ce qu’il a réussi à accomplir, vu tous les cas de dopage révélés ces dernières années, est incroyable. J’étais vraiment fier de dire à mon père que Frankie et moi sommes membres du même comité.

J’approuve totalement les suspensions de quatre ans instaurées par le Code mondial antidopage 2015 et je crois également que la volonté de rendre l’entourage d’un sportif responsable et passible de sanctions est un grand pas en avant.

J’ai participé à la révision du Code 2015. J’ai eu l’occasion de donner mon point de vue sur l’éducation antidopage et sur les mesures à prendre pour mieux sensibiliser les jeunes sportifs à faire des choix éclairés et à dire non au dopage.

Comme je suis retraité depuis peu, je pense être bien placé pour savoir ce que les athlètes veulent savoir – et ce qu’ils savent déjà – au sujet de la lutte contre le dopage. Je crois aussi connaître la meilleure façon de transmettre efficacement le message aux jeunes sportifs, afin qu’ils comprennent notamment l’importance d’inclure les informations sur leur localisation dans leur horaire d’entraînement.

S’il est essentiel que les athlètes de niveau sénior encouragent les jeunes à mener leur carrière sans avoir recours au dopage, je pense qu’il est tout aussi important que nous leur parlions de nos faux pas afin de les aider à ne pas répéter les mêmes erreurs.

À Beijing, j’étais au sommet de ma forme. Au moment de ces Jeux, j’étais heureux et souriant. J’avais travaillé très fort pour en arriver là et je n’étais pas inquiet, je n’avais pas peur du résultat. Je me disais : « Ce qui doit arriver, arrivera ». Par conséquent, dès le début des Jeux, je ne sentais pas la pression de gagner des combats ou des médailles.

J’étais parfaitement prêt mentalement et physiquement. Les Jeux olympiques, c’était mon mont Everest, et j’étais arrivé au sommet.

Par contre, je n’étais pas préparé à affronter la vie après les Jeux.

Lorsque la cloche a sonné la fin du dernier round de ce combat en 2008, la première pensée qui m’a traversé l’esprit a été : « Quelle est la prochaine étape? Qu’est-ce que je vais faire maintenant? »

C’était très angoissant, mais j’étais le seul responsable de cet état d’esprit. J’aurais dû avoir un plan, faire des études pendant que je m’entraînais, mais j’ai cru que je ne pouvais pas faire les deux en même temps. Je voulais me consacrer entièrement à mon sport. J’étais perfectionniste.

Un sportif qui veut réaliser son rêve et se qualifier pour représenter son pays aux Jeux olympiques peut très bien trouver le temps d’étudier. Il peut s’entraîner quatre ou cinq heures par jour seulement ou encore suivre des cours en ligne, si accessibles de nos jours.

La clé est d’indiquer la bonne direction aux jeunes sportifs. Même s’ils n’ont que 15 ou 16 ans, demandez-leur ce qu’ils veulent faire une fois qu’ils prendront leur retraite. Ils doivent prévoir leur avenir. Croyez-moi, personne ne devrait attendre son dernier combat avant d’y penser. Il est préférable de prévoir un plan B plutôt que de partir de zéro au début ou au milieu de la trentaine.

À la boxe, il y a une règle qui veut que si les entraîneurs donnent trop d’instructions entre deux rounds, on en oublie la plupart. C’est pourquoi ils se contentent de vous donner un ou deux conseils tout au plus – c’est tout ce dont vous avez besoin pour réussir.

Les entraîneurs analysent mieux ce qui se passe sur le ring, car ils ont une meilleure vue d’ensemble que le boxeur. Mon expérience d’athlète de haut niveau me donne également la capacité de voir la situation dans son ensemble – et de voir au-delà du ring.

En tant qu’entraîneur et mentor, le premier conseil que je donne à un jeune sportif – à part de ne pas prendre de drogue – est de planifier l’après-compétition. Je lui conseille ensuite de rester concentré et de s’amuser.

En ce qui me concerne, quand je boxe vraiment à mon meilleur, je le fais avec le sourire. Mes entraîneurs le savent. Quand je suis heureux et détendu, je boxe mieux.

Je ne pense pas qu’il est nécessaire d’insister pour que les jeunes se surpassent à tout prix. Je crois qu’il faut les laisser s’amuser. Chez les juniors, ils n’ont pas besoin de médailles. Il faut les laisser se tromper et apprendre de leurs erreurs. Une fois qu’ils auront atteint l’échelon supérieur, ils pourront se concentrer sur leur développement et leur réussite.

Saisir l’occasion, donner son maximum au bon moment et se dépasser : voilà l’essence du sport. Repoussez vos propres limites, mais amusez-vous.

Quand je suis rentré à la maison après les Jeux de Beijing, j’avais l’impression que les journalistes m’avaient posé toutes les questions possibles et imaginables. Ils en ont quand même oublié une : « Est-ce que ça en valait la peine? De faire tous ces sacrifices. De s’entraîner aussi fort. De surmonter tous ces problèmes. D’y mettre son cœur et son âme. Est-ce que ça vaut tout ça, une médaille olympique? »

Si on me posait la question aujourd’hui, je répondrais oui sans hésiter. C’est ce qui a fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui.