8 Octobre 2014
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Entretien de l’AMA avec Francisco Boza

Francisco Boza, président du Conseil des sports des Amériques (CADE), a été élu membre du Comité exécutif de l’AMA en 2014. Il a représenté le Pérou au tir sportif lors de sept Jeux olympiques consécutifs, dont les Jeux de 1984, à Los Angeles, où il a récolté une médaille d’argent. L’AMA s’est récemment entretenue avec cet olympien pour connaître son point de vue sur la lutte contre le dopage dans la région des Amériques.


À titre de président du Conseil des sports des Amériques (CADE), quelles sont vos priorités et quelle place la lutte contre le dopage occupe-t-elle dans votre programme?

F. B. : Nos priorités sont de promouvoir le développement du sport dans tous les sens du terme, non seulement en améliorant les résultats sportifs, mais en créant une meilleure culture du sport dans l’ensemble de la région.

En matière de développement du sport, la région des Amériques présente une grande diversité dont nous tirons parti. Les pays peuvent s’inspirer des pratiques exemplaires des autres États de la région et des scénarios semblables chez leurs voisins. Nous cherchons à améliorer la gouvernance du sport, à poursuivre les recherches et à promouvoir les valeurs par l’intermédiaire du sport.

La lutte contre le dopage occupe une place très importante dans notre programme puisqu’elle touche maintenant presque tous les aspects du développement du sport. Nous devons sensibiliser la population de notre région à ce sujet et continuer de promouvoir la recherche et l’éducation antidopage. La mise en œuvre du Code mondial antidopage 2015 est un gros défi, mais je suis convaincu qu’il sera rapidement relevé dans les Amériques.

Cette année, vous avez été élu membre du Comité exécutif de l’AMA. Qu’avez-vous accompli depuis votre nomination?

F. B. : L’AMA joue un rôle prépondérant dans le sport aux quatre coins de la planète. Avec nos principaux partenaires, nous travaillons très fort pour tenir le dopage à l’écart des activités sportives et des sportifs. À cet égard, l’une des plus grandes réussites est l’augmentation de la contribution des gouvernements à la recherche. Le CIO s’est montré très généreux en offrant une somme correspondant à la contribution des autorités publiques. Grâce à ce soutien, nous nous assurerons que la recherche sur le dopage se poursuive et qu’elle nous permette toujours d’avoir une longueur d’avance dans la quête pour le sport propre.

En outre, les gouvernements et les ONAD de la région des Amériques appliquent leurs règles respectives, de sorte qu’ils soient prêts à mettre en œuvre le Code révisé.

Ancien sportif et médaillé d’argent olympique, vous avez un point de vue unique sur votre travail en antidopage. D’où vous vient cette passion pour la promotion du sport propre?

F. B. : Un des meilleurs moyens d’acquérir et de transmettre des valeurs est la pratique du sport, peu importe le niveau. Quand on pratique un sport, non seulement entendons-nous  parler de valeurs, mais nous les  incarnons au quotidien  dans l’entraînement et la compétition. Mes parents étaient très attachés au sport; ils m’ont encouragé tout au long de ma carrière et m’ont transmis des valeurs importantes que j’ai pu mettre en pratique lorsque j’ai représenté mon pays. Je suis fier d’avoir fait partie de l’équipe nationale pendant plus de 30 ans, et je suis de plus en plus convaincu que le sport propre est possible.

Avez-vous vécu des expériences liées au dopage qui vous ont marqué au cours de votre carrière sportive?

F. B. : Je me souviens encore de mon premier contrôle antidopage. J’étais très nerveux, comme le sont probablement la plupart des sportifs quand ils subissent leur premier contrôle. Le temps et l’expérience m’ont permis de m’habituer aux contrôles, mais ceux-ci n’ont jamais eu d’incidence sur ma performance. À l’époque où je subissais des contrôles, les échantillons n’étaient prélevés qu’à la fin de la compétition, avant la cérémonie de remise des médailles. Aujourd’hui, la procédure a changé. Par exemple, les contrôles ciblés et hors compétition sont maintenant plus fréquents. Les sportifs doivent donc être informés pour pouvoir prendre de bonnes décisions et ne pas être surpris ou déstabilisés lorsque vient le moment du contrôle.

Qu’est-ce que les sportifs pourraient faire de plus à l’heure actuelle pour promouvoir le sport propre?

F. B. : Par-dessus tout, je crois qu’ils doivent prendre conscience de l’importance qu’ils ont dans la société. Grâce aux médias et à la popularité des réseaux sociaux, les sportifs sont devenus des modèles d’identification de grande influence qui peuvent contribuer de façon positive au franc jeu et à la promotion du sport propre.

Les sportifs d’expérience s’investissent maintenant davantage dans les programmes d’éducation qui s’adressent aux jeunes athlètes. C’est toujours agréable d’entendre les histoires d’autres sportifs et des personnes qu’on estime. Ces échanges font en sorte que les jeunes sportifs accordent dès le début de leur carrière une plus grande importance au sport propre.

Les sportifs hésitent-ils à se prononcer en faveur du sport propre?

F. B. : La nouvelle génération de sportifs est déjà au fait des questions antidopage. Il va de soi pour eux qu’il faut se prononcer en faveur du sport propre et en parler. L’important est de motiver les sportifs à promouvoir les valeurs liées au franc jeu en enrichissant les programmes d’éducation d’activités ludiques et stimulantes pour les jeunes et en offrant des programmes aux équipes multidisciplinaires qui travaillent avec eux.

À l’aube du prochain chapitre de la lutte contre le dopage dans le sport, quelles sont les priorités en matière d’antidopage dans votre région?

F. B. : L’année 2015 comportera son lot de défis. Pour mettre en œuvre le Code révisé et être parfaitement conformes à ses dispositions, certains gouvernements devront adapter leurs lois et règles nationales. Actuellement, cet objectif est notre priorité, au même titre que le développement d’autres activités clés de l’AMA.

Les gouvernements et les ONAD de notre région travaillent déjà en étroite collaboration avec le département des affaires juridiques de l’AMA et ont commencé à modifier leurs règles pour que la transition vers le nouveau Code se déroule sans heurts dans chaque pays.