11 Septembre 2014
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Le module stéroïdien : pour un Passeport biologique de l’Athlète plus robuste

Dans son entretien pour le Magazine Franc Jeu, le Dr Alan Vernec, directeur médical de l’AMA, fait le point sur les avantages du module stéroïdien depuis son intégration au Passeport biologique de l’Athlète en début d’année.

 

Contexte

Le profilage longitudinal des variables biologiques du sportif (ou biomarqueurs du dopage) est une méthode qui existait avant la fondation de l’AMA. Bien que les assises des modules hématologique et stéroïdien aient été établies il y a plusieurs années, c’est n’est qu’au lendemain des Jeux olympiques d’hiver de Turin, en 2006, que l’AMA a reconnu le besoin de créer un cadre scientifique et juridique rigoureux pour la réalisation des analyses longitudinales. Avec la participation des fédérations internationales, l’AMA a donc formé en 2009 le groupe d’experts à l’origine de la publication des premières Lignes directrices opérationnelles pour le Passeport biologique de l’Athlète (PBA). Cette première version des Lignes directrices ne comprenait que le module hématologique.   

Module hématologique

Aujourd’hui, pas moins de 40 organisations antidopage se servent du module hématologique du Passeport biologique de l’Athlète, et les effets de cet outil commencent à être palpables dans la communauté sportive. On a constaté une hausse de 240% des cas de dopage sanguin depuis le lancement du PBA, plus de 300 sportifs ayant été punis de sanctions de 2008 à 2013. Ce bilan témoigne de l’amélioration notable des méthodes de lutte contre le dopage.

Lancement du module stéroïdien

Le succès toujours croissant du module hématologique a motivé l’AMA à lancer un nouveau module visant la détection des stéroïdes exogènes : le module stéroïdien. Lancé au début de l’année, cet outil d’évaluation des profils stéroïdiens suit les mêmes principes et les processus de base établis dans les Lignes directrices pour le PBA.

Fonctionnement du module

Tout comme son équivalent hématologique (sanguin), le module stéroïdien est fondé sur un principe selon lequel les échantillons prélevés au fil du temps révéleront les valeurs physiologiques normales du sportif, c’est-à-dire celles qui ne sont pas altérées par le dopage. Essentiellement, le Module permet d’analyser les variables stéroïdiennes compilées sur une période donnée au moyen d’analyses d’urine traditionnelles. À partir de ces données, le Passeport peut ensuite être analysé pour déceler les tendances ou profils atypiques.

Le principe du PBA est d’utiliser les valeurs du sportif et non les valeurs de la population en général comme point de comparaison lors de l’évaluation. Chez la plupart des gens, le rapport testostérone/épitestostérone (T/É) est de l’ordre de 1:1, mais ce rapport peut varier. Si l’analyse révélait un rapport T/É supérieur à 4:1, le laboratoire réaliserait une analyse antidopage par spectrométrie de masse de rapport isotopique (SMRI) afin de détecter la présence de stéroïdes exogènes (provenant de l’extérieur de l’organisme). Lorsque les valeurs du sportif sont comparées à celles de la population générale, des valeurs faibles pourraient justifier une analyse par SMRI. Or, l’approche de comparaison des valeurs intra-individuelles permet de déterminer s’il est pertinent ou non de réaliser ce type d’analyse. L’évaluation est donc mieux ciblée, plus efficace et, ultimement, moins coûteuse. Les laboratoires entrent ensuite les données, puis le modèle adaptatif (algorithme utilisé par le PBA dans ADAMS) analyse les données. Si ces dernières révèlent des profils atypiques, selon les valeurs de référence du sportif, le laboratoire sera notifié de réaliser une analyse par SMRI.

Avantages

Cette approche plus personnalisée permet d’éviter les analyses par SMRI chez les sportifs dont le rapport T/É est naturellement élevé, ce qui réduit le gaspillage et les coûts. Quant aux sportifs dont le rapport T/É est anormalement faible, ils ne sont plus à l’abri. Comme les autres, ils seront scrutés à la loupe par les responsables antidopage.

La différence entre le module stéroïdien et le module hématologique est que le premier ne doit pas nécessairement être adopté par les OAD. Les activités du module stéroïdien reposent sur l’analyse d’échantillons d’urine déjà prélevés. Aucune autre analyse ou tâche administrative ne s’impose. Le coût est donc le même que celui des analyses traditionnelles. Toutefois, il arrive que le résultat de l’analyse par SMRI soit négatif et que le profil soit atypique. Dans ce cas, d’autres évaluations devront être réalisées par des experts de l’OAD ou de l’unité de gestion du Passeport biologique de l’Athlète (UGPBA) associée à un laboratoire de l’AMA.

Les deux modules du PBA doivent se compléter et être intégrés au programme antidopage général des OAD. Le PBA permet à la communauté antidopage d’identifier et de cibler les sportifs qui devront être soumis à des analyses spécifiques en interprétant les données efficacement et en temps opportun. Par ailleurs, il peut être utilisé pour poursuivre les contrevenants aux règles antidopage en vertu du Code.

Le fonctionnement efficace du PBA, soit les modules stéroïdien et hématologique, repose sur l’utilisation du Système d’administration et de gestion antidopage (ADAMS), qui a été adopté par la plupart des OAD. Le lancement du module stéroïdien permettra aux organisations de renforcer leurs programmes grâce à l’utilisation simple et automatisée des données déjà recueillies sur les échantillons d’urine. Le Module est une méthode stratégique de lutte contre le dopage dans le sport qui sera un moyen de dissuasion important pour la communauté antidopage.