9 Septembre 2014
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L’AMA s’entretient avec Matthew Dunn

L’AMA s’est entretenu avec l’Australien Matthew Dunn, olympien s’étant distingué aux épreuves de nage libre et de quatre nages, pour parler de sa vie de sportif d’élite et du rôle qu’il joue dans la promotion du sport propre à titre de membre du Conseil de la Fédération internationale de natation amateur (FINA) et du Comité des sportifs de l’AMA.

Matt Dunn a grandi à Leeton, petite bourgade de l’État de la Nouvelle-Galles-du-Sud qui sert d’emblème à la passion des Australiens pour le sport. Le samedi, le dimanche et même les jours de la semaine, il n’est pas rare de voir les enfants de Leeton participer à trois ou quatre compétitions sportives distinctes.

Jeune, Matt n’était pas différent des autres, sauf qu’il était atteint d’asthme chronique.

Se conformant aux conseils de son médecin, Matt ajoute la natation à ses activités sportives pour accroître son volume et sa capacité pulmonaires.

La piscine intérieure chauffée la plus proche étant à plus de 1,6 km (30 miles) de son domicile, Matt doit se lever à 5 h pour se rendre à son entraînement de natation. En route vers la piscine, alors que ses parents discutaient, il se rendormait souvent sur la banquette arrière de la voiture.

Les efforts de Matt portent leurs fruits puisqu’il acquiert graduellement de la force. À l’âge de 10 ans, il a déjà remporté plusieurs compétitions scolaires. Aussi, ses parents l’encouragent-ils à abandonner les autres sports pour se concentrer sur la natation.

L’enfant souffreteux grandissait rapidement. Il avait déjà amorcé le parcours qui lui permettrait de devenir l’homme de fer de la natation australienne.

 

Quand avez-vous pris connaissance du dopage dans le sport?

MD: Je suppose que j’ai appris l’existence du dopage à l’époque où je m’entraînais à l’Institut des sports australien, à Canberra, et où je commençais à me qualifier pour des compétitions ouvertes. Le Comité olympique australien et la Commission australienne des sports étaient très proactifs en matière d’éducation antidopage. Nous pouvions compter sur un réseau très solide pour nous appuyer. Les médecins, les physiologistes et les entraîneurs étaient eux aussi très compétents dans le domaine.

 

Avez-vous déjà senti des pressions à vous doper de la part de votre équipe?

MD: Jamais au cours de ma carrière je n’ai subi de telles pressions. Ni par une personne en particulier ni par mon équipe.

 

Pensez-vous que les athlètes qui pratiquent d’autres sports subissent de telles pressions?

MD: Assurément. L’exemple le plus récent qui me vient en tête est celui de l’affaire Lance Armstrong et des pressions à se doper qui ont été exercées sur les cyclistes. En discutant avec certains membres du Comité des sportifs de l’AMA sur la pression subie par les athlètes de la part de leur équipe, j’ai compris que le phénomène était plus courant dans certains sports. Il se peut que certains nageurs aient subi de telles pressions à se doper, mais pas moi.

 

Malgré les grandes choses que vous avez réalisées au cours de votre carrière de sportif d’élite, vous avez sans doute connu des frustrations ou eu des doutes. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes sportifs qui amorcent leur carrière d’élite?

MD: Dès que j’ai eu un doute, je me suis fixé des objectifs. Je me penchais alors sur mes objectifs et sur ma préparation pour déterminer ce que je devais accomplir et dans quel délai.

Vers la fin de ma carrière, j’avais une confiance en moi et des capacités qu’on n’acquiert qu’au terme de nombreuses années d’entraînement, mais cela ne m’a pas empêché de traverser de mauvaises périodes.

Pendant ces mauvaises périodes, j’essayais toujours de sortir du cadre de mon entraînement ou de ma préparation pour briser le cercle vicieux. Par exemple, avant les Olympiques, le sportif ne s’accorde aucun écart, ni sur le plan alimentaire ni sur le plan de la conduite. Pour sortir du cercle vicieux, il peut donc se permettre un bon repas au restaurant ou partir en week-end au lieu de se tourmenter à savoir comment il va faire pour se remettre dans la bonne voie.

Parfois, il suffit de prendre un peu de recul, de retrouver son équilibre mental et de cesser de tout analyser à outrance.

 

Compte tenu du talent athlétique qui ne manque pas dans votre famille, vos fils pourraient un jour devenir sportifs d’élite. Quels conseils leur donneriez-vous?

MD: Le conseil que je donnerais à mes fils serait d’exiger le meilleur d’eux-mêmes. S’ils arrivent derniers, mais qu’ils ont fait de leur mieux et donné leur maximum, ils pourront être fiers et nous allons les encourager et les soutenir. Par contre, s’ils ne font pas d’efforts, ils perdent leur temps et celui des autres. Bien sûr, il faut aussi avoir du plaisir, surtout au cours des premières années de l’entraînement.

 

Quelle incidence votre entraînement rigoureux et votre discipline ont-ils eue sur votre vie après le sport?

MD: Cette transition est toujours difficile pour un sportif. Je suis très chanceux, car je n’ai jamais quitté l’université pendant ma carrière, même si, vers la fin, mes déplacements étaient très contraignants. Quand j’ai pris ma retraite, j’avais deux stratégies en tête, un plan A et un plan B. Le plan A était d’acquérir un peu d’expérience sur le marché du travail. Si, en deux ans, je me découvrais une passion pour quelque chose, j’en ferais une carrière. Dans le cas contraire, je retournerais à l’université pour terminer mes études supérieures. Ultimement, c’est ce que j’ai fait. Ces études m’ont donné les bases et les outils nécessaires pour savoir ce que j’avais envie de faire.

Le conseil que je donnerais aux jeunes sportifs serait d’aller chercher cette base pendant qu’ils sont encore au niveau de la compétition. Cette stratégie m’aurait permis de gagner beaucoup de temps et aurait été moins énergivore. De plus, j’aurais été plus à l’aise dans ma carrière. Or, la parole ne suffit souvent pas pour convaincre les sportifs du bien-fondé de nos conseils. Ils ont besoin d’interpréter ces conseils à la lumière de leurs propres expériences. Par conséquent, l’importance des études doit être reconnue dans la culture de chaque sport.

 

Quel rôle jouez-vous au sein de la FINA et de l’AMA, et pourquoi ce rôle est-il si important à vos yeux?

MD: Mon premier poste a été au conseil de la fédération australienne de natation, Swimming Australia. Par la suite, j’ai eu la chance d’être nommé membre du Comité des athlètes de la FINA et élu membre du Conseil de la FINA. La FINA m’a ensuite nommé membre du Comité des sportifs de l’AMA. En plus d’être une expérience extraordinaire, cette nomination m’a donné l’occasion de prêter main-forte et peut-être d’exercer mon influence sur le monde du sport.

 

Vous êtes l’un des sportifs qui ont participé à la Conférence mondiale sur le dopage dans le sport, à Johannesburg. Qu’est-ce que les interventions des sportifs ont apporté à la discussion?

MD: Les sportifs présents ont collectivement contribué à l’acceptation et à l’appui du nouveau Code de même qu’au processus général de révision mené par l’AMA. Les éléments les plus importants de cet appui étaient de garantir la protection des sportifs propres et de colmater le plus de failles possible pour faire obstacle au dopage, réel ou potentiel, y compris chez les membres de l’entourage du sportif. On a vite constaté que presque tous les partenaires partageaient le même point de vue sur la question et que la conférence se déroulerait sous le signe du consensus. Les interventions d’appui des sportifs à la Conférence ont été, si on veut, la cerise sur le gâteau avant l’approbation officielle du nouveau Code.

 

Selon vous, quelles nouvelles mesures auront l’effet le plus dissuasif sur les sportifs qui songent au dopage?

MD: Le moyen de dissuasion principal est la sanction de quatre ans qui, nous l’espérons, empêchera les tricheurs de participer à des manifestations sportives importantes. Une autre mesure fondamentale est l’imposition de sanctions à l’entourage du sportif, ce qui permettra d’éliminer le dopage systématique et de protéger les athlètes contre ce fléau.

Par contre, il ne faut pas oublier que le Code n’aura aucune incidence si les gouvernements et les fédérations du monde ne l’appliquent pas pleinement. En revanche, s’ils l’appliquent rigoureusement, s’ils disposent d’un financement adéquat et s’ils reçoivent l’appui nécessaire, le Code sera un outil très efficace qui aura bientôt des effets mesurables.

 

Triple olympien et quatre fois détenteur du record mondial

1994 : Matthew Dunn arrive sur la scène mondiale aux Jeux du Commonwealth, à Victoria (Canada), où il l’emporte sur Curtis Myden au 400 m quatre nages individuel et établit le nouveau record des Jeux. Il remporte aussi la médaille d’or au 200 m quatre nages individuel et au 4 x 200 m relais nage libre

1996 : Représentant son pays aux deuxièmes des trois Jeux olympiques consécutifs auxquels il participera, Matt fracasse le record australien au 200 m et au 400 m quatre nages individuel, finissant quatrième dans les deux finales.

1997 : Matt remporte sept médailles d’or et cinq médailles d’argent. De plus, il brise le record australien au 100 m et au 400 m quatre nages individuel. Plus tard, aux Championnats du monde de natation en bassin de 25 m, Matt remporte l’or au 200 m et au 400 m quatre nages individuel et au 4 x 200 m nage libre

1998 : Avec Michael Klim, Ian Thorpe et Daniel Kowalski, les trois autres membres de l’équipe qu’on surnomme « The Fab Four » (les quatre fantastiques), Matt remporte l’or aux Jeux du Commonwealth à Kuala Lumpur et brise du même coup le record mondial du 4 x 200 m relais nage libre.

2001 : Matt se retire de la compétition.

2004 à 2011 : Après avoir obtenu une maîtrise en commerce de l’Université de Sydney et lancé son entreprise de promotion immobilière, Matt est nommé membre du Comité des sportifs de l’AMA.

2012 : Matt est nommé membre du Conseil d’administration de la FINA.