16 Septembre 2014
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Entretien avec le Dr Kim Chong

L’AMA s’est entretenue avec le Dr Kim Chong, vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée, alors que son pays se prépare à recevoir l’élite sportive d’Asie à l’occasion des XVIIes Jeux asiatiques d’Incheon.

Vous avez été élu membre du Conseil de fondation de l’AMA en 2014. Quelle plateforme ce rôle vous a-t-il donnée pour représenter la République de Corée, et qu’avez-vous réalisé depuis votre élection?

KC : Tout comme l’AMA, qui joue un rôle fondamental dans la direction du mouvement antidopage à l’échelle mondiale, la Corée fait des efforts considérables pour accroître sa participation à la lutte contre le dopage. Mon élection au Conseil de fondation de l’AMA est une occasion pour mon pays d’améliorer et de développer ses activités antidopage à l’échelle mondiale. Ces efforts viseront surtout à aider les pays en développement à établir leur propre organisation antidopage. Les Coréens reconnaissent que le rôle joué par le gouvernement pour éradiquer le dopage dans le sport est en pleine expansion et tiennent résolument à prendre des mesures efficaces pour contribuer au mouvement antidopage. Aussi, mon élection au Conseil de fondation de l’AMA constitue un point de départ important pour la Corée.

Pouvez-vous expliquer en quoi consiste la structure antidopage en République de Corée, c’est-à-dire les lois et les politiques ainsi que la façon dont celles-ci se répercutent sur l’ONAD, sur les fédérations et, ultimement, sur l’éducation des jeunes?

KC : Pour réaliser des activités antidopage efficaces, nous avons fondé l’Agence antidopage de Corée (KADA) le 13 novembre 2006. KADA est devenue une institution publique en vertu de la loi nationale sur la promotion du sport.

En outre, le gouvernement coréen a ratifié la Convention internationale de l’UNESCO contre le dopage dans le sport en février 2007 et a édicté le code antidopage coréen en juin 2007. Tous les signataires sous l’égide du Comité olympique coréen et du Comité paralympique coréen exigent que les sportifs se conforment au Code pour être admissibles aux compétitions.

Que sait-on sur la lutte contre le dopage en Corée et, plus particulièrement, sur les mesures de lutte dans la communauté sportive?

KC : De 1968 à 2014, aucun Olympien coréen n’a été sanctionné pour violation des règles antidopage. En revanche, de nombreuses infractions ont été commises dans le cadre de compétitions nationales (2011 : 22 cas; 2012 : 15 cas; 2013 : 16 cas). Quand nous avons appris que certains sportifs avaient fait preuve de négligence en contrevenant aux règles antidopage, nous avons accentué nos mesures d’éducation antidopage. À cet égard, nous collaborons avec le ministère de l’Éducation et KADA depuis 2009 afin de diffuser de l’information sur l’antidopage dans le cadre du programme d’éducation physique de 16 écoles intermédiaires et secondaires du pays. Depuis 2013, nous avons également enrichi le programme d’éducation antidopage destiné aux directeurs des fédérations nationales. Plus particulièrement, l’éducation antidopage est devenue obligatoire cette année pour les sportifs et les entraîneurs coréens de niveau national, mesure qui devrait favoriser la sensibilisation des jeunes sportifs au dopage dans le sport.

Vous avez récemment fondé un comité pour le sport propre pour contrer les matchs truqués et les paris illégaux. Quelle place la lutte contre le dopage occupe-t-elle dans le travail de ce comité?

KC : Le Comité pour le sport propre – créé par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée – a comme objectif de protéger le sport et d’éradiquer le trucage des matchs, le dopage et toutes les menaces à l’intégrité du sport. Ce comité est responsable de gérer et de superviser les cas de conduite déloyale au sein du sport et prend des mesures fondamentales pour empêcher que de tels cas se reproduisent. La lutte contre le dopage compte aussi parmi les priorités du Comité.

Le Comité pour le sport propre a mis sur pied un centre de déclaration afin de recueillir des renseignements sur les principales menaces planant sur le sport, notamment le trucage des matchs, la partialité, la violence (sexuelle), les admissions illégales au collège et la privatisation des fédérations sportives. Les dénonciateurs dont les révélations entraînent des peines criminelles sont récompensés. Ce centre de déclaration est aussi un poste névralgique de cueillette de renseignements, d’éducation et de recherche sur l’équité et l’éthique dans le sport. Nous songeons actuellement à étendre la portée de ce centre aux cas de dopage intentionnel et à créer, avec KADA, une nouvelle ligne téléphonique de dénonciation dans un avenir proche.

Vous avez déjà affirmé que la prévention était plus importante que l’imposition de règles sévères. Pouvez-vous préciser? Comment les mesures préventives doivent-elles être mises en œuvre?

KC : On dit souvent qu’il vaut mieux prévenir que guérir. En effet, mieux vaut lutter efficacement contre les facteurs qui menacent l’intégrité du sport que de resserrer les règles a posteriori en cas de violation. Conformément, les politiques mondiales misent sur la prévention par l’intermédiaire de programmes d’éducation et de sensibilisation. Grâce aux programmes de prévention efficaces, le principe du franc jeu prévaut dans le sport sans que les règles soient resserrées. Voilà pourquoi l’accent est mis sur les diverses stratégies de prévention.

Vous avez également souligné la nécessité de contribuer à l’éducation des sportifs. Sur quels sujets doivent-ils être sensibilisés?

KC : Le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée a élaboré une stratégie de soutien au programme d’éducation des sportifs dans le cadre du programme « Sports Vision 2018 », projet de politique sur le développement des sports d’ici 2018. Les athlètes étudiants qui adhèrent à ce plan peuvent automatiquement suivre des cours du programme scolaire, et s’ils suivent des cours spécialisés sur le sport, ils développeront diverses compétences pratiques.

Les sportifs ont de plus en plus d’occasions de suivre des formations professionnelles (150 en 2013; objectif de 400 pour 2017) et des cours qui faciliteront leur changement de carrière et les aideront à se préparer à la retraite (90 en 2013; objectif de 170 pour 2017). La population étant maintenant plus sensibilisée à l’antidopage, ce type de cours fera de plus en plus partie des programmes d’enseignement secondaire à partir de 2015.

La valeur de l’industrie du sport coréenne devrait atteindre les 5,3 milliards de dollars américains d’ici 2018. Comment expliquez-vous ces chiffres et quels autres objectifs ont été fixés en matière de sport dans votre pays?

KC : Le gouvernement coréen a récemment annoncé son plan quinquennal de développement qui prévoit l’injection de 5,3 milliards de dollars américains dans le secteur du sport d’ici 2018. À titre de comparaison, la valeur du secteur coréen du sport était de 3,7 milliards de dollars américains en 2013. Dans le cadre de ce plan, le gouvernement alliera le sport aux technologies de l’information (TI) de pointe pour permettre à un plus grand nombre de personnes d’avoir facilement accès au sport. Cette mesure entraînera la création de nouveaux et de plus gros marchés dans le secteur du sport. Pour atteindre son objectif, le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée propose quatre stratégies principales : la création d’un marché du sport tourné vers l’avenir grâce à l’exploitation des TI, l’augmentation de la demande liée au sport, l’aide aux jeunes entreprises prometteuses du secteur du sport et la création d’un écosystème soutenant l’industrie du sport. En outre, le Ministère instaurera des systèmes de financement qui permettront à un plus grand nombre d’entreprises d’intervenir dans le secteur du sport. Chaque année, nous allons également aider 20 entreprises prometteuses à prendre leur place dans ce secteur, ce qui entraînera la création de 40 000 nouveaux emplois d’ici 2018.

Les Jeux asiatiques d’Incheon auront lieu dans quelques semaines. Quelle est l’importance de ces jeux pour la Corée?

KC : Les Jeux asiatiques – sorte de festival du sport en Asie – ont pris beaucoup d’expansion depuis leur création, entre autres grâce au travail considérable du Conseil olympique d’Asie (COA) et de ses 45 membres. Le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée considère que l’une de ses responsabilités est de permettre aux Jeux asiatiques de prendre leur envol. Tous les représentants du Ministère, dont je fais partie, souhaitent donc profiter de l’occasion pour prendre un certain nombre d’engagements. Plus qu’un festival, les XVIIes Jeux asiatiques, qui auront lieu à Incheon, seront une plateforme de promotion de l’harmonie et de l’amitié. Nous mettrons tout en œuvre pour que les sportifs illustrent leur plein potentiel et que les participants plongent dans la tradition et la culture coréennes lors de cette manifestation réussie. Le Ministère vise le développement équilibré du sport partout en Asie par l’intermédiaire du programme « VISION 2014 », initiative qui permet aux athlètes des pays qui se distinguent moins sur la scène sportive de connaître la joie de gagner une médaille. Nous sommes prêts à accueillir des Jeux asiatiques remarquables en 2014 et, par la même occasion, à léguer un bel héritage à la République de Corée.

Quelles mesures antidopage ont été mises en place pour ces Jeux?

KC : Environ 1 900 échantillons (1 750 échantillons d’urine et 150 échantillons de sang) seront analysés durant les Jeux. En plus des quelque 70 professionnels de l’antidopage (ACD et APS) qui seront déployés par KADA, 100 experts formés par le Comité d’organisation procéderont à la collecte d’échantillons. Parallèlement, le Comité des sportifs de l’AMA organisera des activités de sensibilisation et d’éducation antidopage pendant la manifestation. Par-dessus tout, nous serons heureux de diffuser les résultats de nos recherches sur l’antidopage à l’occasion de notre présentation au Symposium international des Jeux asiatiques d’Incheon. Le gouvernement coréen s’engage à offrir son appui aux activités antidopage pour que les Jeux asiatiques d’Incheon soient les premiers à obtenir le score parfait de 100 % pour ce qui est du respect des règles antidopage.