27 Août 2014
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L’AMA s’entretient avec le Dr Mohammed Saleh Al Konbaz

Le Dr Konbaz est président du Comité antidopage d’Arabie saoudite et a récemment été élu président de la Conférence des parties de l’UNESCO à Paris. L’AMA a rencontré le membre du Conseil de fondation afin de recueillir son point de vue sur la situation de l’antidopage.

 

En rétrospective, pouvez-vous nous dire d’où vous vient votre intérêt pour la lutte contre le dopage?

MK : À l’époque, lorsque je travaillais au ministère de la Santé d’Arabie saoudite, j’œuvrais au sein de différents départements, notamment à des centres de réhabilitation. Durant cette période, j’ai réalisé que les sportifs étaient parmi ceux qui souffraient le plus de dépendance. Aussi, en tant que bénévole à l’Association de médecine du sport d’Arabie saoudite, j’ai constaté que le Comité international olympique (CIO) s’intéressait de plus en plus à l’abus de substances améliorant la performance sportive de même qu’aux programmes préconisant la protection des sportifs propres et le sport sans dopage. Ça s’est passé à la fin des années 80, si je me rappelle bien. Peu de temps après – en 1991 plus précisément – j’ai publié, par l’intermédiaire de l’Association de médecine du sport d’Arabie saoudite, le tout premier ouvrage en arabe sur le dopage, son historique et ses règlements.

Lors de mes travaux au sein du Comité médical de l’Union des Comités nationaux olympiques arabes (UANOC), j’ai proposé, conjointement avec le CIO, d’officialiser les programmes antidopage dans le monde arabe. En fait, les programmes ont été adoptés par deux résolutions :  

  1. Le Conseil des ministres arabes chargés de la Jeunesse et des Sports a approuvé la Charte en mars 1994. Soucieux d’établir des programmes de lutte contre le dopage et de sensibilisation au dopage, en coordination avec le Comité international olympique (CIO), le Conseil a également appuyé un plan quinquennal. De 1995 à 2000, la réussite de ce plan a été considérable. En fait, différents pays arabes ont organisé 18 forums qui ont bénéficié à quelque 1403 athlètes provenant des 22 pays arabophones. Une fois le plan achevé, la première Convention arable sur l’antidopage a été organisée à Riyad, en Arabie saoudite.
  2. Le programme antidopage a été mis en œuvre pour la première fois aux VIIIes Jeux panarabes de Beyrouth (Liban) en 1997 et ensuite aux IXes Jeux panarabes d’Amman (Jordanie) en 1999.

Il convient également de mentionner que j’étais le seul représentant de l’UANOC aux quatre réunions du CIO tenues en 1999 à Lausanne (Suisse), et dont l’objectif était la création de l’Agence mondiale antidopage (AMA).

 

Vous avez été récompensé par le CIO et l’Arabie saoudite pour vos initiatives en antidopage. Que signifie cette reconnaissance pour vous?

MK: En effet, j’ai reçu deux mentions. L’une du prince Alexandre de Merode, pour mes travaux sur les programmes antidopage, et l’autre de l’Association internationale de médecine sportive. J’ai aussi reçu nombre de prix de différents organismes gouvernementaux saoudiens. Toutes ces récompenses sont gratifiantes, certes, mais les défis que j’ai dû surmonter étaient beaucoup plus importants. Comme vous le savez, il est difficile d’obtenir le succès, et surtout de le garder et j’ai dû surmonter d’autres défis pour y arriver.  

 

Selon vous, quels sont à l’heure actuelle les principaux obstacles au sport propre dans le monde?  

MK: Il y en a plusieurs, notamment les facteurs culturels et économiques dans chaque pays.

  1. La concurrence féroce dans certains sports – ou encore la célébrité et les récompenses financières tant convoitées par les sportifs – peut, dans certains cas, conduire droit au dopage. Le cas du cycliste Lance Armstrong demeure, à ce jour, l’exemple le plus éloquent qui me vienne en tête.   
  2. Certaines instances administratives et équipes sportives peuvent inciter les athlètes à prendre des substances améliorant la performance afin qu’ils obtiennent de meilleurs résultats qui, du même chef, amèneront gloire, fortune et contrats lucratifs.   
  3. Le marché des substances améliorant la performance est une industrie multimilliardaire qui a son propre marché noir prospère. La production, la contrebande et le trafic se font par l’intermédiaire de réseaux de distribution clandestins.   

 

Votre pays, l’Arabie saoudite, a adopté une politique de tolérance zéro à l’égard de l’abus de drogue et d’alcool. En revanche, seul le Comité antidopage d’Arabie saoudite a le pouvoir d’imposer des sanctions dans le milieu du sport. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce partage des responsabilités? 

MK: Le Code mondial antidopage et la Convention de l’UNESCO ont été approuvés par les plus hautes instances au pays (le Conseil de l’Assemblée consultative puis le Conseil des ministres d’Arabie Saoudite). À la suite de cela, le Code antidopage d’Arabie saoudite a été endossé.

Il est bien connu que le gouvernement saoudien bannit l’alcool et les drogues en vertu de la loi islamique, et considère illégal leur trafic. D’une part, la loi sanctionne les contrebandiers – plus particulièrement ceux de drogues et de stupéfiants – par des pénalités pouvant aller jusqu’à la peine de mort. D’autre part, on a mis en place nombre de centres de réhabilitation et d’hôpitaux dans les grands centres du pays pour traiter les toxicomanes. Sur ces bases, le gouvernement ne punit pas les toxicomanes, il mise plutôt sur le traitement de la toxicomanie et la lutte contre le trafic de drogue.

Par conséquent, la Présidence générale de la protection de la jeunesse et le ministère de l’Intérieur ont conclu une entente permettant la mise en œuvre de règlements antidopage dans les cas liés à l’abus d’alcool et de stupéfiants. Ceci étant dit, nous collaborons étroitement avec les douanes et les services de sécurité saoudiens afin de déceler les substances améliorant la performance, le trafic illégal et les lieux d’entreposage des produits interdits. Nous collaborons aussi avec l’Agence nationale des aliments et des médicaments (SFDA) afin de superviser les ordonnances d’hormones et de substances améliorant la performance.

 

Dans quelle mesure vos postes de haut niveau au sein de différentes instances sportives vous ont-ils permis d’exposer les problèmes antidopage?

MK: Le fait d’avoir été membre ou président de diverses organisations sportives locales, régionales ou internationales m’a permis de vivre de nombreuses expériences et d’apprendre. J’ai aussi tiré des leçons des erreurs du passé. Je crois, en outre, que le monde du sport a besoin d’organisations qui intègrent la justice et l’équité à leurs règles et qui endossent un code d’éthique qui soit partie intégrante de leur mission.

La fluidité des échanges avec les décideurs concernés a aussi été déterminante. Ce facteur à lui seul a permis de renforcer l’importance des programmes antidopage visant la protection des sportifs propres, la transmission du message du franc jeu et l’éradication du dopage dans le sport.

 

Parlez-nous des avancées en matière de pratiques antidopage dans la région du Golfe.

MK: Les États du Golfe sont représentés par le Conseil de l’organisation régionale antidopage (ORAD) États du Golfe et Yémen. La région du Golfe s’est distinguée par sa rigueur dans la mise en place de programmes antidopage. Je puis également vous assurer que cinq des sept pays membres de l’ORAD disposent de programmes antidopage efficaces et évolués. Les deux autres états sont à pied d’œuvre pour développer leurs programmes. En outre, les officiels de ces pays s’intéressent particulièrement aux enjeux du sport. Ils ont donné leur appui à la mise en place du laboratoire antidopage du Qatar, dont les dernières étapes d’accréditation sont en cours en vue de son entrée en fonction au début de 2015. 

J’aimerais également souligner que des hauts dirigeants, ministres de la Jeunesse et présidents de comités olympiques des états du Golfe ont pris de nombreuses résolutions réitérant l’importance de mettre en place, d’appuyer et d’endosser des programmes antidopage à toutes les manifestations sportives dans la région. Toutes ces mesures nous permettent ainsi de conclure que les programmes antidopage dans les états du Golfe obtiennent l’appui ferme des autorités et leaders du sport de la région.

 

Vous avez été élu président de la Conférence des parties de l’UNESCO l’an passé. Parlez-nous des avancées que vous avez pu réaliser dans le cadre de ce poste/ces fonctions?

MK: En tant que membre du Conseil de fondation de l’AMA, je travaille à l’intégration et à l’harmonisation de la Convention de l’UNESCO avec le Code 2015 de l’AMA.

Depuis la ratification de la Convention de l’UNESCO en 2005, c’est la première fois que le conseil élu convoque les autorités de l’UNESCO. L’événement a donné lieu à de nombreuses discussions. Les plus déterminantes concernaient l’évaluation de la mise en place de la Convention par les états membres au moyen d’études sur le terrain (recherches in situ), réalisées en coordination avec l’Université Paris Ouest. Un autre groupe de travail effectuera des recherches sur les compléments alimentaires pouvant contenir des substances interdites.

D’autres discussions ont porté sur l’octroi de sommes du Fonds volontaire de l’UNESCO afin de réaliser ces deux recherches. Ces réunions ont également permis d’établir un protocole visant à entretenir des liens avec les représentants antidopage de l’UNESCO, mesure qui n’avait jamais été adoptée à ce jour.

En outre, nous nous sommes penchés sur la façon d’harmoniser le Code 2015 de l’AMA avec la Convention et pour ce faire, nous avons consulté le service des Affaires juridiques de l’UNESCO. Enfin, je crois qu’il est essentiel que le Code de l’AMA tout comme la Convention de l’UNESCO demeurent les instruments juridiques et de réglementation des organisations sportives et des gouvernements afin qu’ils puissent lutter efficacement contre le dopage dans le sport.