17 Avril 2014
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L’AMA s'entretient avec le révérend Dr M. A. Stofile

Le curriculum vitæ du révérend Dr Makhenkesi Stofile (au centre sur la photo) est impressionnant lorsque l’on considère l’éventail de postes importants que le Sud-Africain a occupés tout au long de sa longue et prestigieuse carrière. 

En effet, la carrière du vice-président de l’AMA est un riche amalgame de fonctions dans les domaines du sport, de la politique et de l’éducation. Militant de longue date pour le sport propre, le révérend Dr Stofile s’est impliqué au sein de l’AMA de 2004 à 2010, époque à laquelle il siégeait au Comité exécutif et au Conseil de fondation.

L’AMA s’est entretenue récemment avec le révérend Dr Stofile au terme des quelques premiers mois de son mandat de vice-président.

Vous êtes vice-président de l’AMA depuis janvier. Quel est le bilan des trois premiers mois de votre mandat?

M. S. : De prime abord, je suis heureux de voir qu’à cette étape-ci de ma carrière, je peux encore contribuer autant à la lutte contre le dopage. Je suis reconnaissant d’avoir l’occasion d’occuper ce poste de vice-président, d’autant plus que j’ai été nommé dans mon pays d’origine et que ma nomination était appuyée par l’Union africaine. Par contre, la somme des responsabilités que je porte sur mes épaules et des objectifs que j’espère pouvoir atteindre représente un défi de taille.

Les trois premiers mois de mon mandat ont été chargés, particulièrement en raison des Jeux de Sotchi, où j’ai assisté pour la première fois aux Jeux paralympiques d’hiver. J’ai trouvé les Jeux paralympiques encore plus fascinants que les Jeux olympiques étant donné les obstacles que les sportifs doivent surmonter et les défis qu’ils doivent relever. Devant leurs aptitudes extraordinaires, on se demande qui est réellement handicapé. Voir les athlètes paralympiques dévaler les pentes et offrir une performance digne des rêves les plus fous d’une personne non handicapée comme moi est tout simplement incroyable. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de rencontrer les équipes de sensibilisation et des Observateurs indépendants de l’AMA à Sotchi. Celles-ci ont toutes deux mis leur extraordinaire engagement, leur capacité de collaboration et leur motivation au service des sportifs, des gérants, des membres de l’AMA et, bien entendu, de l’ensemble du système antidopage.

 

Vous êtes un défenseur de longue date du sport sans dopage. Le fait d’être aujourd’hui vice-président de l’AMA est-il la meilleure occasion que vous ayez eue d’agir et d’apporter les changements qui s’imposent?

M. S. : L’AMA est une organisation formidable qui a fait beaucoup de percées dans la lutte contre le dopage. Depuis mon arrivée [au Comité exécutif et au Conseil de fondation] en 2004, je suis très impressionné par le leadership exercé par l’AMA au plan politique et administratif sous la direction générale de David Howman. L’éventail de comités techniques dirigés par des scientifiques et des militants passionnés est également impressionnant; chaque personne qui dirige est suivie d’une équipe entière dont la concentration et l’énergie doivent sans cesse être renouvelées pour que les projets avancent.

 

D’où viennent votre passion et votre intérêt pour la lutte contre le dopage?

M. S. : Enfant, je courais ce qu’on appelait à l’époque le 220  et le 440 verges dans l’équipe de mon école et de ma région. Loin de moi l’idée de me vanter, mais je me débrouillais plutôt bien sur la piste! Un jour, j’ai appris que certains de nos adversaires prenaient des cachets pour améliorer leur performance et pour accélérer leur récupération après une blessure. J’ai donc pris connaissance de ce phénomène quand j’étais écolier. Bien entendu, j’étais outré. Je comprends pourquoi les sportifs honnêtes sont si fâchés contre les tricheurs qui bénéficient du coup de pouce d’une substance interdite. Dès lors, je suis devenu de plus en plus sensible à ce problème et je me suis passionné pour la cause. À partir du moment où j’ai été nommé Administrateur provincial du sport en 1965, la lutte contre le dopage a pris de plus en plus de place dans ma vie.

 

Tout au long de votre carrière, vous avez jonglé avec divers rôles dans les domaines du sport, de la politique et de l’éducation. Avez-vous toujours voulu changer les choses dans ces domaines?

M. S. : Jeune, mon ambition était de mieux performer que tous mes adversaires. Malheureusement, je ne suis jamais monté sur la première marche du podium en Afrique du Sud, mais je me suis distingué lors des compétitions provinciales. Je n’étais pas suffisamment doué pour la compétition internationale, mais l’expérience m’a transformé. J’ai compris que le sport allait enrichir ma vie, me satisfaire, me permettre de faire de belles rencontres et de comprendre les ambitions des autres. Au début de ma carrière dans l’administration du sport, je n’aspirais pas à devenir secrétaire ou président; je voulais représenter ma classe ou ma province à ce niveau, conformément à mon mandat. Représenter le sport dans ma province était une tâche que je réalisais au nom de mes électeurs, et je crois avoir toujours représenté mon pays avec beaucoup d’intégrité, du moins je l’espère. Du palier provincial, j’ai ensuite tranquillement évolué vers le palier national, où j’ai occupé d’autres postes de direction.

Dieu m’a doté d’une intelligence qui a fait que j’ai toujours eu beaucoup de facilité à l’école. Durant mes études secondaires, j’enseignais déjà les mathématiques et la physique à mes copains de classe parce que je trouvais que j’étais vraiment doué dans ces matières. Comme j’étais aussi très bon en anglais et en latin, je me suis spécialisé en grec et en histoire à l’université. Je m’estimais heureux d’être apte aux études, et je voulais toujours aider les autres élèves et étudiants.

À une certaine époque, j’ai occupé un poste au sein du syndicat des enseignants. C’est alors que je suis devenu politisé. J’ai compris pourquoi nous jouions au rugby et au cricket sur un terrain servant de pâturage aux animaux, pourquoi nous devions tenir nos réunions dans certaines salles de classe et pourquoi il y avait tant de disparités. Il y avait les enfants blancs, qui avaient tout, et sous eux se trouvaient les enfants d’origine indienne et, bien sûr, les enfants africains. Cette exclusion a forgé la perception de ma génération à l’égard des défis politiques de notre pays et nous a incités à nous mobiliser pour tenter de changer l’ordre des choses.

 

Où pensez-vous que nous en sommes dans la lutte contre le dopage et quels sont les principaux défis que nous aurons à relever?

M. S. : L’AMA a fait du très bon travail malgré des circonstances très difficiles. Depuis Athènes, en 2004, tricher est un crime commis par des sportifs, mais également par des entraîneurs, des amis, des parents et même des gouvernements. Tous ces intervenants doivent assumer leur part de responsabilité du problème. Le nombre de tricheurs démasqués est assurément en hausse, même que les grands tricheurs doivent passer beaucoup de temps à justifier leurs méfaits. C’est un plus pour l’AMA. Par ailleurs, la collaboration est maintenant plus grande entre les divers partenaires : le Mouvement sportif, le Comité international olympique et, bien sûr, les autorités publiques du monde entier. À moins de faire front commun, nous n’arriverons pas à démasquer les tricheurs. Il est aussi très encourageant de voir les efforts déployés par les sociétés pharmaceutiques pour contribuer à la lutte contre le dopage. Or, la science devra obtenir et conserver une avance sur les tricheurs pour éliminer la culture du dopage, et c’est pourquoi les recherches visant à accroître nos compétences devront se multiplier.

Aujourd’hui, c’est l’adoption d’une législation qui faciliterait le processus de mise en œuvre du Code qui s’impose. Tous les pays et toutes les ONAD et ORAD devront collaborer avec l’AMA pour établir le cadre législatif.

 

Dans quel domaine de la lutte contre le dopage votre intervention aura-t-elle le plus d’impact?

M. S. : D’abord et avant tout, je voudrais mieux comprendre ce que font les autorités publiques et promouvoir l’harmonisation dans les efforts antidopage. Ensuite, je voudrais me concentrer sur l’Afrique parce que dans cette région du monde, le sport ne fait pas partie des priorités budgétaires. Les efforts investis pour améliorer les politiques en matière de sport, les installations sportives et les structures organisationnelles, comme les ONAD et les ORAD, sont insuffisants. Mon objectif est de travailler avec la présidente de la Commission de l'Union africaine, la Dre Nkosazana Dlamini-Zuma, que je connais d’ailleurs très bien. Cette femme a toujours appuyé le sport avec ferveur, et je crois qu’ensemble nous arriverons graduellement à convaincre les dirigeants d’Afrique et les gouvernements africains à offrir au Mouvement sportif et aux scientifiques les outils nécessaires pour changer les choses. Même dans les pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigéria et le Cameroun, où des scientifiques très actifs sont à l’œuvre, il faut entreprendre plus de programmes de recherche en antidopage. Partout dans le monde, les gens ont une conception différente de la lutte contre le dopage et des différentes priorités à cet égard, mais ici comme ailleurs, l’éducation est un outil essentiel. L’éducation est ma passion. Je veux galvaniser les enseignants, les gérants et les entraîneurs pour propulser la question du dopage au sommet des priorités. Je suis conscient que le Code n’a pas été rédigé à l’intention des athlètes de tous niveaux, mais plutôt pour les sportifs de niveau national ou international. Quoi qu’il en soit, je crois que la diffusion d’information générale auprès des sportifs représente un bon départ. Tablons sur la philosophie du franc jeu, sur la recherche d’une moralité sportive et sur la valorisation de la vertu, et inculquons les valeurs du sport propre à tous les athlètes. Si ces idéaux sont au cœur de l’éducation de nos enfants, le monde entier entendra notre message.