19 Février 2013
Bookmark and Share

Felipe Contepomi : Ambassadeur antidopage du rugby

Franc Jeu a rencontré l’ex-capitaine de rugby, Felipe Contepomi, qui nous parle de sa passion pour le sport et de son engagement en faveur d’un sport propre au sein du Comité des sportifs de l’AMA et du programme antidopage de la Fédération internationale de rugby (International Rugby Board, IRB).

L’imposante feuille de route de Felipe Contepomi parle d’elle-même : une quinzaine d’années à titre de joueur de rugby professionnel, 78 sélections pour représenter l’équipe nationale des Pumas d’Argentine et, depuis juin, meilleur marqueur de tous les temps dans son pays.

Star consacrée au niveau international, Felipe est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de demi d’ouverture et centre de sa génération et l’un des principaux acteurs de l’ascension de l’Argentine en tant que puissance mondiale du rugby.

Originaire de Buenos Aires, Felipe a grandi au sein d’une famille de sportifs. Sa mère et sa sœur excellaient toutes deux au hockey, alors que son père et son frère jumeau, Manuel, ont arboré fièrement le maillot bleu ciel et blanc de l’équipe appelée les « Pumas ».

Contepomi, père, a porté les couleurs de l’Argentine dans les années 60, alors que ses fils, Manuel et Felipe, ont fait partie des équipes ont disputé la Coupe du monde de rugby en 1999 et 2003. La carrière internationale de Felipe l’a aussi amené à participer aux éditions 2007 et 2011 de ce tournoi, en France et en Nouvelle-Zélande.

Son apport a été déterminant dans le classement au troisième rang des Pumas en 2007. Sa contribution lui a d’ailleurs valu la même année une nomination au titre de « Meilleur joueur du monde IRB ».

Felipe joue aujourd’hui pour le Stade Français Paris, club qu’il a joint en 2012, après une incursion au sein des clubs suivants : Toulon (éternels rivaux français du Top 14), Leinster (Irlande) et Bristol (Angleterre).

Médecin de formation, Felipe est marié et père de deux petites filles. Il parle l’espagnol, l’anglais et le français. Il a été nommé au Comité des sportifs de l’AMA en 2012.

Franc Jeu : En 2009, l’IRB lançait son site Web et sa campagne de sensibilisation antidopage « Keep Rugby Clean », dont vous êtes l’un des ambassadeurs. Parlez-nous de votre rôle au sein de l’IRB.

Felipe Contepomi : L’IRB veut sensibiliser la communauté du rugby à l’importance du sport propre et de ne pas permettre aux tricheurs de s’y immiscer. Le rugby est un sport de contact, basé sur l’honnêteté et la loyauté. Ces valeurs devraient s’appliquer sur le terrain et à l’extérieur du terrain. En tant qu’ambassadeur, mon rôle est d’aider l’IRB à faire passer ce message à tous les échelons du sport.

FJ : Lors du Championnat du monde junior de rugby 2012, les joueurs ont pris part à la journée « Keep Rugby Clean ». Croyez-vous qu’on en fait assez pour sensibiliser les jeunes joueurs de rugby?

FC : Il y a toujours place à l’amélioration. Mais dans l’ensemble, je crois que l’IRB a fait des efforts au cours des dernières années pour informer les jeunes joueurs et pour les sensibiliser aux risques et aux conséquences de la triche. Il y a bel et bien des efforts tangibles à ce niveau.

FJ : L’une des principales composantes de l’initiative « Keep rugby clean » est la sensibilisation des joueurs aux dangers des substances améliorant la performance. Croyez-vous qu’on parle suffisamment des risques liés à l’utilisation de telles substances?

FC : Selon moi, le rugby est confronté à deux problèmes de taille. D’une part, il est encore considéré dans une certaine mesure comme un sport social; or, les drogues à caractère social peuvent constituer un problème. D’autre part, il y a les substances améliorant la performance, dont certaines sont prises intentionnellement et d’autres sont fournies en guise de supplément par l’entourage du sportif. Voilà pourquoi une sensibilisation aux risques et aux conséquences des substances qui sont interdites et celles qui ne le sont pas est d’autant plus cruciale.

Parfois, l’ignorance ou l’ambition des jeunes les incite à prendre des substances qui peuvent nuire à leur santé, à court ou à long terme. C’est pourquoi les programmes d’éducation de l’IRB visent à aider ces joueurs à prendre des décisions éclairées par rapport aux substances qu’ils devraient prendre et celles qu’ils devraient éviter.

FJ : Le rugby est un sport exigeant sur le plan physique. Avez-vous déjà songé à prendre des substances interdites pour vous remettre de vos blessures?

FC : Je n’en ai jamais pris personnellement, mais de nos jours, plusieurs joueurs prennent des suppléments ou d’autres produits favorisant le rétablissement ou la guérison de leurs blessures. Il est important de leur faire comprendre qu’il existe des moyens pour y arriver, autres que les suppléments, en excluant bien entendu les substances interdites.

FJ : En tant que médecin, est-il déjà arrivé que l’un de vos coéquipiers vous demande de lui prescrire des substances interdites?

FC : Non. D’ailleurs, je crois qu’aucun d’entre eux n’oserait le faire, car ils connaissent très bien ma position par rapport aux tricheurs. Je crois que les personnes qui trichent s’adressent aux médecins qui sont prêts à les aider à se doper, et ce, en toute connaissance de cause.

FJ : Votre frère jumeau, Manuel, a aussi joué au rugby aux niveaux professionnel et international. Avez-vous déjà discuté des substances améliorant la performance avec lui?

FC : Nous n’en avons jamais parlé parce que notre conception de l’entraînement et de la compétition se rejoint.

FJ : Vous avez joué au rugby pendant près de 20 ans pour des clubs en Argentine, en Irlande, en Angleterre et en France. Avez-vous noté des progrès au niveau de l’éducation antidopage au fil des ans?

FC : Absolument. Il y a eu d’énormes progrès. Avant, on ne parlait presque pas d’antidopage et, aujourd’hui, plusieurs joueurs n’en savent probablement pas encore assez à ce sujet. Mais, j’admets qu’il y a eu des progrès.

Aujourd’hui, près de 90 % des joueurs prennent des suppléments sous une forme ou une autre, et de plus en plus ils veulent en savoir davantage sur ce qu’ils prennent et sont plus sensibilisés aux différentes questions antidopage.

FJ : Vous êtes père de deux fillettes de six et trois ans. Êtes-vous préoccupé par leur avenir dans le monde du sport?

FC : Je suis inquiet, certes, mais je n’ai pas peur. Le sport est un milieu fabuleux pour les jeunes. Il ne tient qu’à nous de le protéger, voire d’en faire un monde meilleur.

FJ : Qu’espérez-vous accomplir en tant que membre du Comité des sportifs de l’AMA?

FC : Je souhaite contribuer autant que possible à garder ce monde magique qu’est le sport le plus propre possible, et à faire en sorte que ces moments magiques de gloire sportive soient l’apanage des sportifs persévérants et doués, et non des tricheurs.