1 Novembre 2012
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Conférence pharmaceutique : Questions-réponses avec le Dr Rabin

Le Dr Olivier Rabin, directeur Science à l’AMA, est le principal instigateur de la Conférence internationale qui se tiendra le mois prochain à Paris et qui aura pour objectif d’évaluer les moyens de renforcer le rôle de l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies dans la lutte contre le dopage dans le sport.

Le Dr Rabin s’entretient avec Franc Jeu sur les objectifs de la conférence et sur le développement de cette initiative.

Franc Jeu : La Conférence internationale « L’industrie pharmaceutique et la lutte contre le dopage dans le sport : Nouveaux partenariats pour un sport propre » est le premier événement du genre organisé par l’AMA. Comment l’idée de tenir d’une telle conférence vous est-elle venue?

Olivier Rabin : Nous y pensons depuis quelques années; l’idée d’organiser une telle conférence  remonte à 2008, au moment où l’AMA formait un partenariat avec Roche afin de développer une méthode pour détecter le médicament Mircera (CERA). Il existe une synergie naturelle entre le mandat du département Science de l’AMA et les travaux de l’industrie pharmaceutique. Ceci a favorisé une collaboration entre Roche et l’AMA, dont l’objectif est de s’attaquer à des questions et problèmes jamais explorés à ce jour.

Il était important pour l’AMA et pour la communauté antidopage de trouver des moyens de tirer parti de cette expertise et d’aider l’industrie à élaborer des stratégies plus globales pour restreindre l’abus de leurs produits.

FJ : Parlez-nous des avantages potentiels qui seront examinés par l’industrie pharmaceutique, la communauté antidopage et les autres participants lors de la Conférence à Paris.

OR : À l’heure actuelle, l’AMA et la communauté antidopage du monde entier doivent constamment se tenir au fait des méthodes scientifiques sophistiquées adoptées par les sportifs qui trichent à l’aide de substances dopantes. Ces sportifs sont très bien financés et soutenus par des individus qui savent exactement comment contourner le système et exploiter ses failles.

Ceci constitue probablement notre plus gros défi à l’heure actuelle, et plus nous partageons d’informations sur les produits améliorant la performance avec l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies, mieux nous serons en mesure d’éradiquer ce problème et de protéger l’industrie contre les abus de médicaments par la communauté sportive.

Personne ne connaît mieux ces substances que les compagnies qui les fabriquent. Leur expertise est essentielle pour aider l’AMA à développer des méthodes de détection précoces, soit avant que les produits ne soient commercialisés, soit dès les premiers signes d’abus par les sportifs.

FJ : Quels sont les avantages pour la lutte contre le dopage de former de tels partenariats avec l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies? Avez-vous des exemples précis?

OR : Oui. Je pense notamment à l’aide que nous avons obtenue de Roche lorsqu’on a appris que les sportifs commençaient à s’intéresser à la substance interdite Mircera – un agent stimulant l’érythropoïèse développé par Roche pour aider les patients anémiques souffrant de néphropathies chroniques.

Ce produit a été commercialisé en 2008, avant les Jeux olympiques de Beijing. Grâce à l’expertise et à la collaboration de Roche, l’AMA a réussi à développer un test antidopage qui a été instauré peu de temps après la commercialisation du Mircera. Les échantillons prélevés à Beijing ont été analysés pour détecter cette nouvelle substance.

Au final, certains athlètes ont été sanctionnés et les sportifs se sont aperçus qu’ils ne pouvaient plus abuser de cette substance sans courir le risque d’être démasqués.

L’AMA a également conclu une entente de principe avec la Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM) – appuyée par l’Organisation de l’industrie des biotechnologies (OIB) – qui favorise le partage d’informations relativement au dopage, une préoccupation désormais commune.

FJ : Les avantages potentiels pour l’AMA et la communauté antidopage semblent évidents; expliquez-nous maintenant comment cette conférence peut profiter à l’industrie pharmaceutique.

OR : Une compagnie met un médicament ou un produit pharmaceutique sur le marché dans l’intention qu’il procure des bienfaits pour la santé et non qu’il permette à des sportifs en santé qui souhaitent tricher d’en abuser. Il faut se rappeler que les sportifs qui se dopent adoptent non seulement des comportements contraires à l’éthique, mais ils mettent aussi leur santé en péril et donnent un mauvais exemple qui pourrait exposer d’autres membres de la société à des risques semblables. L’industrie pharmaceutique sait qu’elle doit protéger ses produits contre de tels abus dans le cadre de son plan de gestion des risques et des responsabilités pour les nouveaux médicaments.

Ces entreprises sont aussi confrontées au problème criant de falsification et de production illégale de leurs produits sur le marché noir, dans un contexte spécifique d’amélioration de la performance sportive. L’industrie est au fait de ce problème et la Conférence permettra d’évaluer les moyens pour la communauté antidopage de partager des informations pouvant contrer ce problème de façon plus systématique.

FJ : Avez-vous eu de la difficulté à faire accepter l’idée de cette Conférence, à susciter l’intérêt de l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies et à obtenir son soutien?

OR : Non, mais comme c’est le cas pour l’organisation de tout événement international, il a fallu prendre en compte plusieurs aspects logistiques, de même que les horaires chargés et les responsabilités des participants.

J’ai moi-même œuvré au sein de l’industrie pharmaceutique et je savais que ce concept était valide. J’ai donc été en mesure de le présenter directement aux contacts que j’avais établis dans le milieu.

Le soutien important pour la tenue d’une telle conférence est vite devenu évident, il ne restait plus qu’à organiser l’événement. Le milieu de la santé et les autorités publiques ont tout de suite décelé le potentiel de cette initiative.

FJ : L’AMA et l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies ne sont pas les seules parties impliquées; la Conférence a obtenu le soutien important d’autres organisations. Qu’en est-il?

OR : Sans le soutien du ministère français des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative, du Conseil de l’Europe et de l’UNESCO, l’AMA n’aurait pu organiser un tel événement. Le ministère français – hôte de la Conférence – plus particulièrement, nous a offert un appui considérable.

Les autorités publiques savent très bien que le problème du dopage ne cesse de prendre de l’ampleur et qu’il s’étend au-delà du milieu sportif. Le dopage est désormais un problème qui peut affecter la santé physique et morale de la société et il doit être abordé à ce niveau.

Il en va de même pour le Conseil de l’Europe et l’UNESCO – cet organisme jouant déjà un rôle important en incitant les gouvernements à s’impliquer dans la lutte contre le dopage dans le sport.

FJ : Avez-vous des attentes précises quant aux conclusions de cette conférence?

OR : Tôt dans le processus, nous avons décidé de ne pas déterminer d’attentes ou de conclusions pour cette Conférence. À ce stade-ci, nous souhaitons réunir le plus grand nombre de parties et de partenaires possibles intéressés à la cause, et nous souhaitons également explorer les moyens de renforcer une telle collaboration.

Outre le partage d’informations et d’expertise, nous envisageons la possibilité de mettre sur pied une fondation conjointe pour la recherche, d’organiser d’autres conférences et d’établir un cadre de travail pour l’avenir. Devant la qualité supérieure des conférenciers et des participants à la Conférence, je suis persuadé que l’événement sera porteur de nombreuses idées fructueuses et je suis très enthousiaste face au potentiel que présente cette Conférence pour la lutte contre le dopage dans le sport et les autres sphères.