2 Mars 2012
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Lettre ouverte à Daley Thompson

Lettre ouverte à Daley Thompson

En réponse à votre article paru dans le quotidien britannique Daily Mail le 1er mars 2012, je souhaite répondre à certaines de vos critiques à l’égard de l’Agence mondiale antidopage (AMA).

Afin de ne pas nuire à l’intégrité des procédures juridiques, je n’aborderai pas la cause du Comité olympique britannique portée en appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), cause qui sera entendue par un panel d’arbitres le 12 mars 2012.

Toutefois, vous formulez certaines accusations et hypothèses qui, selon moi, méritent d’être rectifiées, d’une part parce qu’elles ne sont pas que de simples critiques à l’égard de l’AMA, mais parce qu’elles sont inexactes et portent préjudice à l’Agence et à la communauté antidopage du monde entier.

1. Au sujet des sanctions, vous affirmez que vous ne souhaitez pas voir le Royaume-Uni « discrédité par le reste du monde ». Sachez que la notion de « reste du monde » n’existe pas en antidopage. Il existe un Code mondial antidopage. Il constitue le document de base en matière de lutte contre le dopage dans le sport dans le monde entier, où l’harmonisation est cruciale. Les organismes sportifs du Royaume-Uni et l’Agence antidopage du Royaume-Uni (UKAD) respectent ces sanctions et les autres règles, et ce, depuis la mise en place du Code en 2003. L’Association olympique britannique (AOB) a des règles additionnelles qui, depuis leur mise en place il y a 20 ans, ont touché 31 sportifs. De ce nombre, 28 ont eu gain de cause en faisant appel de leur suspension.

L’alternative serait d’avoir des règles antidopage qui varieraient d’un pays à l’autre et d’un sport à l’autre. Une telle mesure signifierait une régression et le retour d’un problème qui subsistait pendant vos années de compétition comme athlète d’élite.

Si tel était le cas, des sportifs de différentes disciplines ou de différents pays recevraient des sanctions différentes pour les mêmes violations, ou pire encore, des sportifs d’une même discipline recevraient des sanctions différentes en fonction de leur pays de compétition. Ce problème a mené à la création de l’AMA et à la rédaction d’un Code uniforme.

L’harmonisation que nous avons créée au sein de tous les sports et de tous les pays constitue un accomplissement international colossal inégalé. À ce jour, le Code compte plus de 650 signataires.

En outre, les gouvernements du monde entier ont ratifié une convention internationale (document par lequel les gouvernements témoignent de leur engagement à l’égard du Code) rédigée en un temps record et ratifiée par 168 pays à ce jour.

Le Code a certainement apporté plus de transparence à l’antidopage, contrairement à ce que vous alléguez.

2. Dans votre article, vous déclarez que « seuls les organismes d’application de la loi ont réussi à démasquer les tricheurs. »

Je vous rappelle que l’AMA n’est pas une agence de contrôles, mais un organisme de réglementation responsable de la supervision du Code et du respect de toutes les règles associées. Les agences nationales antidopage, les fédérations internationales et les organisateurs de grandes manifestations sportives mettent en place les programmes de contrôle. Des milliers de sportifs ont été pris à violer les règles antidopage depuis l’entrée en vigueur du Code en 2004 (aux Jeux olympiques d’Athènes). Le Comité international olympique (CIO) a mis en œuvre un programme robuste en vertu du Code à tous les Jeux olympiques subséquents et bon nombre de sportifs ont perdu leurs médailles ou leurs rangs suite à ces démarches.

L’enquête BALCO a constitué une étape importante au cours de laquelle l’Agence antidopage des États-Unis (USADA) et votre ancienne fédération internationale, l’IAAF, ont collaboré afin d’empêcher certains sportifs de participer aux Jeux d’Athènes.

L’AMA a par la suite signé des ententes de collaboration avec Interpol et l’Agence mondiale des douanes afin que les informations et les preuves récoltées au quotidien par les forces de l’ordre soient partagées avec le Mouvement sportif.

Les renseignements et les enquêtes sont des éléments importants de la stratégie globale de l’AMA et prendront certainement plus d’ampleur dans l’avenir. Les contrôles et les analyses sont – et seront toujours - des éléments essentiels dans la lutte contre le dopage dans le sport. Toutefois, la communauté antidopage dispose de plus d’un pilier, et les renseignements  et les enquêtes font désormais partie d’une stratégie générale qui comprend en outre l’éducation et la sensibilisation.

Les avancées scientifiques et l’influence croissante du monde interlope au sein des activités de dopage ont multiplié les défis auxquels sont confrontées les autorités antidopage - organismes sportifs et agences nationales – d’une année à l’autre, puisque les tricheurs deviennent de plus en plus sophistiqués, grâce à l’aide de membres sans scrupules de l’entourage des sportifs. Nous avons constamment alerté le milieu sportif de ce phénomène. Les contrôles demeurent néanmoins la base des activités de la communauté antidopage. Il y aura toujours moyen d’améliorer les programmes; nous amorçons d’ailleurs des projets visant à aider les responsables de tels programmes à devenir plus efficaces et efficients. Les sportifs propres le méritent bien.

Je peux affirmer que les contrôles d’aujourd’hui sont beaucoup plus efficaces que ceux de votre  époque et beaucoup plus efficaces qu’il y a 10 ans. Si vous participiez à des compétitions aujourd’hui, je peux vous assurer que vous verriez la différence. Vous verriez aussi que vos compétiteurs ne peuvent plus se doper impunément.

3. Dans votre article, vous faites référence au budget de l’AMA et de toute la communauté antidopage. Vous avez raison d’affirmer que le budget de l’AMA en 2010 était de 29 M $ (18 GBP). Le Mouvement sportif et les gouvernements y contribuent à parts égales. Ce budget est scruté minutieusement par notre Conseil. Chaque dépense est passée au peigne fin et justifiée.

Plus de 20% de notre budget est consacré à la recherche scientifique, où d’importantes avancées ont été réalisées. Nous supervisons les activités des laboratoires accrédités, nous évaluons toutes les sanctions et portons en appel celles qui ne sont pas conformes au Code. Nous révisons toutes les autorisations d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) accordées aux sportifs, nous préparons et mettons à jour annuellement la Liste des interdictions, nous offrons à tous du matériel et des programmes d’éducation. Nous présentons régulièrement un rapport sur la conformité au Code, nous collaborons avec l’UNESCO, Interpol, l’Organisation mondiale des douanes et l’industrie pharmaceutique, et nous avons établi 15 organisations régionales antidopage couvrant 119 pays. Et plus encore.

Cependant, les budgets sont toujours établis en fonction de la tâche. Plusieurs intervenants du milieu sportif et de l’antidopage s’entendraient pour dire que 26,7 M $ (16,9 GBP) – le budget de l’AMA en 2011 – constitue une somme dérisoire pour s’attaquer à la plus grande menace du sport moderne.

Je ne connais pas les revenus exacts générés annuellement par l’industrie du sport à l’échelle mondiale. Toutefois, une recherche rapide sur Google révèle des données de 200 milliards de dollars. Si on compare ces chiffres au budget dont dispose l’AMA pour gérer ses programmes et ses activités à l’échelle mondiale, je crois que plusieurs conviendront qu’il ne s’agit pas d’un montant faramineux.

Certains ont avancé que l’industrie du sport – pas seulement le CIO et les gouvernements – devrait contribuer à ce que leur industrie demeure propre et à l’abri des tricheurs. En considérant que le budget de l’AMA en 2011 équivaut à 0,013% des revenus générés annuellement par l’industrie du sport, il est facile de comprendre la pertinence d’un tel argument.

4. Mon dernier point concerne votre référence aux « petits comptables et bonnes âmes » dont est composé le personnel de l’AMA. Je ne comprends pas vraiment comment vous êtes arrivé à ces conclusions, ni comment vous arrivez à les justifier, mais je peux vous affirmer que l’équipe de l’AMA est composée de 55 membres hautement qualifiés qui œuvrent dans nos cinq bureaux, qui travaillent pour une bonne cause au quotidien et qui sont impliqués sans réserve dans la protection des sportifs propres et du sport sans dopage.

Je vous mets au défi de trouver une organisation qui a réussi à en faire autant pour le monde sportif en si peu de temps et qui a su rassembler les pays du monde entier.

 

David Howman

Directeur général

Agence mondiale antidopage (AMA)