6 Mars 2012
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La tentation n’est jamais bien loin de la compétition

La Polonaise Katarzyna Rogowiec a surmonté un accident survenu dans sa jeunesse pour devenir championne du monde de biathlon et double médaillée paralympique. Elle nous parle de ses responsabilités au sein du comité des Sportifs de l’AMA et explique à quel point la tentation de se doper est bien réelle dans le sport paralympique.

Franc Jeu: À quel âge avez-vous commencé à vous intéresser aux sports et à vous rendre compte de votre talent particulier?

Katarzyna Rogowiec: J’étais à l’école primaire. J’étais douée pour les sports. Je devais avoir 14 ans lorsque je l’ai réalisé, après avoir remporté la coupe en tennis de table à l’école. Je fréquentais l’école d’un petit village et il y avait environ 200 élèves répartis en huit classes. J’étais rapide. J’avais beaucoup de souffle. J’aimais et je pratiquais tous les sports : le football, le volleyball, la course, le ski alpin.

PT: Quels défis particuliers devez-vous surmonter en raison de votre handicap?

KT: Ils sont nombreux. Je dois surmonter des défis tous les jours, dès que je me réveille. Je ne peux pas me brosser les dents ou les cheveux sans l’aide d’un bracelet spécial qui me permet de bien tenir ma brosse à dents ou mon peigne. Je ne peux pas monter ma fermeture à glissière sans crochet spécial, qui est difficile à utiliser.

Je ne peux pas tartiner mes tranches de pain sans serviette de table conçue à cette fin. Il me faut beaucoup plus de temps que les autres pour accomplir mes activités quotidiennes.

Mais le plus difficile dans le fait de ne pas avoir de mains est d’avoir à demander de l’aide.

PT: Selon vous, quel est l’ampleur du dopage au sein du sport paralympique?

KT: Comme la compétition est de plus en plus forte, le problème du dopage a pris beaucoup d’ampleur, et il ne cesse de croître. Les règles des sports paralympiques sont les mêmes que celles des disciplines olympiques. Il y a plus de risques qu’un sportif se dope en haltérophilie qu’en tir à l’arc.

PT: Les sportifs parlent-ils du dopage entre eux?

KT: À mes débuts, en 1999, mes amis et moi n’en parlions pas. Mais avec le temps, les sportifs sont devenus de plus en plus sensibilisés. L’AMA et le CIP font du bon travail avec leurs programmes de sensibilisation aux grandes manifestations sportives.

PT: Comment définissez-vous votre rôle au sein du comité des Sportifs de l’AMA?

KT: On peut aborder une même chose sous différents angles : tout est question de perspective. Au sein de comité des Sportifs, nous évaluons les éléments sous différents angles, et notre point de vue n’est pas unique et n’est pas nécessairement le meilleur qui soit. C’est pourquoi je fais partie du groupe consultatif du comité. Je m’implique afin d’apporter un autre point de vue au processus de décision.

PT: D’après votre expérience, les athlètes paralympiques sont-ils aussi susceptibles de se doper que les sportifs sans handicap? 

KT: La décision de se doper ou de ne pas se doper dépend de l’éducation et des valeurs des sportifs. La solution est de se renseigner, d’en apprendre plus sur le sujet. La décision ne dépend pas du handicap.

PT: Diriez-vous que les athlètes paralympiques courent plus de risques de se doper, à cause des médicaments qu’ils prennent pour leur handicap?

KT: Oui et non. La situation est relativement facile lorsque vous subissez un traitement. Vous êtes sensibilisé au dopage et votre médecin – si vous êtes suivi – vous connaît comme sportif. Dans une telle situation, ce n’est pas difficile parce que vous connaissez le processus des AUT (Autorisations pour usage à des fins thérapeutiques) et les choses se passent plutôt bien.

Mais, tous les sportifs peuvent prendre des médicaments qui figurent sur la Liste des interdictions, et ce, qu’ils soient handicapés ou non.

PT: À propos des substances améliorant la performance, les athlètes paralympiques peuvent-ils se les procurer facilement? 

KT: Malheureusement oui. Nous vivons à l’époque d’Internet et des communications globales. Les médias du monde entier contribuent également à la diffusion de nombreuses informations négatives.

PT: La classification est essentielle au sein des sports paralympiques : le dopage rend-il le processus encore plus complexe?

KT: Non, je ne crois pas.

PT: Connaissez-vous d’autres moyens utilisés au sein du sport paralympique pour devenir plus performant, comme l’hyperréflexie autonome (boosting) par exemple?

KT: L’hyperréflexie autonome (boosting) est la seule méthode que je connaisse, mais de nos jours, elle est mieux contrôlée. Je n’en connais pas d’autres.

PT: Arrivez-vous à transmettre le message antidopage à vos pairs autant que vous le souhaiteriez? Faudrait-il tenir plus de forums à ce sujet?

KT: Selon moi, c’est au niveau national qu’il faut déployer le plus d’efforts. La collaboration avec les organisations nationales est cruciale afin de rejoindre efficacement les associations sportives et les athlètes.