23 Janvier 2012
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Quand les avocats s’improvisent scientifiques

L’ancien président de l'AMA, Richard W. Pound réfute les allégations des avocats de la NFLPA que le test de l'hormone de croissance n'est pas fiable et décrit leur approche comme des manœuvres dilatoires classiques.

Penchons-nous sur certains faits. On soupçonne et connaît l’usage de l’hormone de croissance humaine (hGH) au sein du football professionnel. Cette substance permet d’améliorer la performance. L’usage de l’hGH artificielle contrevient aux règles de la Ligue nationale de football (NFL) et à celles de la majorité des organisations sportives reconnues dans le monde.

Les sportifs qui ont recours à l’hormone de croissance humaine pour améliorer leurs performances sont des tricheurs. Ils dupent leurs pairs, ainsi que le public qui a le droit de voir et d’appuyer des athlètes qui pratiquent leur sport conformément aux règles établies.

La NFL a enfin consenti à effectuer des contrôles à l’hormone de croissance humaine, mais c’était des suites de pressions politiques plutôt que par ferme conviction à l’égard du sport propre. Les joueurs de la NFL ont cédé aux mêmes pressions et ont accepté, à contrecœur, de subir des contrôles à l’hGH.

Vous vous dites que l’histoire qui avait mal commencé finit plutôt bien…

Pas si vite.

Les joueurs, qui disposent de ressources encore plus importantes en dehors du terrain, agissent avec le soutien de leur association, la NFLPA (L’Association des joueurs). Ils ont fait appel à leurs puissants avocats pour mettre des bâtons dans les roues d’un programme de contrôle efficace.

Les avocats, dans un tour de force qui relève de leur propre alchimie, se sont improvisés scientifiques et ont déversé leurs supposées préoccupations d’ordre éthique par rapport à la fiabilité des contrôles scientifiques à l’hormone de croissance humaine.

À la suite de plusieurs années de recherches et d’expériences, les contrôles à l’hGH ont été approuvés en 2004 par l’Agence mondiale antidopage (AMA), organisation internationale indépendante, composée du Mouvement sportif et des gouvernements, responsable de coordonner et de superviser la lutte contre le dopage dans le sport.

La forme de l’hormone de croissance injectée crée une différence massive et facilement identifiable de rapport entre la forme d’hormone de croissance injectée et la forme naturellement secrétée. La quantité absolue d’hGH dans l’organisme est non pertinente. Pour les contrôles antidopage, ce qui importe est la proportion d’hormone de croissance injectée par rapport à la proportion d’hGH secrétée par l’organisme.

C’est aussi simple que cela.

La communauté de scientifiques spécialisés dans le domaine est satisfaite de la fiabilité des contrôles. L’AMA n’approuve aucun résultat de contrôle antidopage avant que les experts du milieu s’entendent sur la fiabilité et la répétitivité des contrôles. Personne ne souhaite voir un sportif sanctionné à cause d’un résultat faux-positif.

Toutefois, comme on pouvait s’y attendre, certains ne laissent pas leur ignorance de ce domaine de pointe freiner leur soif de semer des doutes par rapport à un test qu’ils ne peuvent évaluer. D’une manière tout aussi prévisible, les avocats se jettent sur une foule de théories pseudo-scientifiques comme des mouches sur du miel.

La tâche des avocats, ici, consiste à maintenir la volonté évidente des joueurs (dont certains continuent d’utiliser l’hGH pendant toute cette ruse) à subir des contrôles à l’hGH, sans permettre que de tels contrôles aient lieu, sous couvert de préoccupations exprimées à l’égard de la fiabilité scientifique des contrôles.

Ils jouent la comédie en posant des questions auxquelles ils ont déjà les réponses. Ils se livrent à des conjectures sur les recherches sur les contrôles, alléguant qu’ils pourraient ne pas convenir aux contrôles des joueurs de la NFL – comme si les aptitudes physiques dans le football professionnel  pouvaient être différentes de celles de tous les autres sports.

Ce n’est vraiment pas sorcier.

Les exigences physiques imposées aux joueurs de football ne diffèrent pas beaucoup de celles imposées aux sportifs des autres disciplines. Les joueurs de la NFL courent, lancent, attrapent et frappent. Ce ne sont pas des extraterrestres. Qui plus est, les rapports d’hGH sont constants chez les sportifs de différente taille, de différent poids et de différente origine. Donc, même s’ils tentent par tous les moyens de fendre les cheveux en quatre, les avocats débitent des balivernes.

Les avocats savent tourner les phrases, certains ont un génie implacable des mots. En outre, ils défendent la cause de la NFLPA. Leur discours ne peut se dissocier de la cause de leurs clients.

De toute évidence, certains de leurs clients ne veulent pas subir de contrôles. Il est incroyable de constater à quel point les discussions au sujet de la fiabilité scientifique des contrôles à l’hGH ont pu être mobilisées par les avocats, plutôt que par les scientifiques. Aucun scientifique du domaine n’a jamais déclaré, au nom de la NFLPA, que les contrôles à l’hormone de croissance n’étaient pas fiables. Nul doute qu’il y a une raison évidente derrière tout cela.

Il est temps de passer outre les tactiques classiques des avocats de tout reporter et de passer aux actes une fois pour toutes en réalisant des contrôles à l’hormone de croissance.

Il est temps de mettre fin aux aberrations puériles des avocats qui prétendent en savoir plus sur la science que les scientifiques eux-mêmes.

Il est temps que le grand public reconnaisse qu’on le manipule en évitant d’effectuer des contrôles pour détecter les substances améliorant la performance. Ce n’est pas parce que de beaux parleurs tentent de vous vendre le pont de Brooklyn que vous devez nécessairement l’acheter.

Si les joueurs de la NFL prétendent qu’ils sont propres, ils devraient être en mesure de le prouver et cesser de se cacher derrière de faux discours alléguant que la science exacte est une science bidon.