4 Août 2011
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Cydonie se joint à la lutte contre le dopage dans le sport

Cette année, l’athlète vedette des Îles Caïmans, Cydonie Mothersill, est la nouvelle recrue du Comité des sportifs de l’AMA. Championne en titre du 200 mètres aux Jeux du Commonwealth, elle figure parmi les plus grandes sprinteuses du monde depuis plus de dix ans et a été témoin de nombreux changements dans sa discipline sportive, de bons comme de moins bons.

Cydonie a aussi été touchée personnellement par le dopage lorsqu’elle a raté sa chance de monter sur le podium aux Championnats du monde d’athlétisme en 2001 à cause de concurrentes qui ont, depuis, été pénalisées pour avoir pris des substances améliorant la performance.

Cydonie parle à Franc Jeu de cette expérience et de ce qui la motive à s’engager plus activement dans la lutte contre le dopage dans le sport.

Franc Jeu : À quel âge avez-vous su que vous pourriez un jour battre les meilleures sprinteuses du monde en compétition?

Cydonie Mothersill : C’est une suite de circonstances qui m’a poussée à prendre la course plus au sérieux. Tout a commencé pendant mes dernières années au lycée, alors que je commençais à peine à comprendre ce sport. Et puis j’ai eu de bons résultats aux Jeux de l’Association de libre-échange des Caraïbes, où j’ai  d’ailleurs remporté le doublé et reçu le prix Austin Sealy.

Pourtant, ce n’est pas avant ma dernière année d’université que je me suis sentie prête à faire partie de ce groupe d’élite et à devenir professionnelle en athlétisme.

FJ : Qui était votre modèle, votre source d’inspiration, lorsque vous étiez petite?

CM : C’est ma mère qui était ma source d’inspiration. En fait, elle l’est toujours. C’est une personne très croyante, et sa résilience est sa plus grande force. Elle m’a appris, ainsi qu’à mes frères, l’importance du travail acharné, de la confiance en Dieu plus qu’en nous-mêmes, de l’honnêteté et aussi l’importance de foncer, quels que soient les obstacles à venir. Ma mère est une femme intègre. Je viens aussi d’une très petite famille, et chacun de ses membres a contribué à faire de moi qui je suis.

FJ : Quand avez-vous pris conscience du problème du dopage dans votre sport?

CM : Je ne me souviens pas du moment précis où j’en ai pris conscience. Il n’y a pas eu de moment marquant pour ainsi dire. C’est plutôt un sujet dont on a toujours parlé.

FJ : Comment le dopage a-t-il affecté votre succès en athlétisme? Je pense en particulier à cette médaille de bronze des Championnats du monde de 2001 que vous n’avez reçue que plusieurs années plus tard.

CM : J’ai été touchée personnellement par le dopage, et il est important de savoir que les dommages que cela peut causer vont bien plus loin que la perte d’un emploi ou d’une source de revenu, ou la gêne que cela peut provoquer. Le dopage est comme une mauvaise herbe dans le jardin familial et peut détruire toute une famille.

Pour ma part, je ne pourrai jamais récupérer la chance que je n’ai pas eue de monter sur le podium aux Championnats du monde d’athlétisme en 2001, à Edmonton, pour recevoir ma médaille de bronze.

Oui, cela a été merveilleux de recevoir enfin ma médaille chez moi, parce que j’étais entourée de ma famille et de mes amis, et parce que le pays tout entier a pu prendre part à cet événement. Mais personne ne saura jamais ce qui m’a été refusé. Personne ne saura jamais ce que mon contrat aurait pu être, quelles autres commandites j’aurais pu recevoir. J’ai beaucoup ruminé tout cela, mais maintenant, je ne veux plus y penser, j’ai fait le deuil de ce qui s’est passé.

Ce sont des choses que je ne peux plus changer, ni récupérer, alors pourquoi m’en faire constamment? La vie continue.

FJ : Y a-t-il eu une expérience précise qui vous a motivée à vous joindre au Comité des sportifs de l’AMA?

CM : Quand le président de notre Comité olympique, M. Donald McLean, m’a annoncé qu’il allait soumettre ma candidature, j’étais déjà très honorée. J’en ai parlé à ma famille seulement, parce que je me disais que c’était génial que ma candidature soit même prise en considération, mais je me demandais si ce n’était pas rêver en couleur que d’espérer être choisie.

Il va sans dire que je suis honorée d’avoir été choisie. Ma principale raison de faire partie de ce comité est d’en apprendre davantage sur le rôle de l’AMA en athlétisme et dans le sport en général. De nombreux sportifs ont une mauvaise perception du rôle de l’AMA et je n’y faisais pas exception.

De plus, j’aime mon sport et je veux redorer son image et lui assurer une longue vie. Si je peux contribuer à changer les perceptions des gens, je serai satisfaite. Mon plus grand espoir, c’est que chaque sportif puisse pratiquer son sport dans un environnement équitable.

FJ : Dans quelle mesure prenez-vous au sérieux votre rôle de modèle en tant que l’une des plus grandes sprinteuses au monde?

CM : Je prends très au sérieux cette responsabilité. J’essaie de montrer, par mon comportement et par mon mode de vie, que le travail acharné, la détermination et l’autodiscipline sont des qualités que tous les jeunes du monde devraient être fiers d’acquérir et de posséder.

Je veux montrer aux jeunes de mon pays que, bien que notre pays soit petit et que nous soyons peu nombreux, nous pouvons quand même faire notre marque dans le sport à l’échelle mondiale. J’espère que mes réalisations leur donneront bon espoir de rêver au-delà de nos frontières.

FJ : Les sportifs discutent-ils du problème du dopage lors des manifestations sportives?

CM : Le problème du dopage entoure l’athlétisme et tous les sportifs sont préoccupés de la perception qu’ont les gens de leur sport et de ce qui s’y passe. Donc oui, on discute du dopage. Ces discussions ne sont pas rendues publiques comme telles, mais elles ont bien lieu.

FJ : Les sportifs peuvent gagner de gros salaires de nos jours : pensez-vous que les sportifs « propres » devraient assumer davantage de responsabilités pour ce qui est de rendre le sport « propre »?

CM : Les sportifs « propres » ne peuvent pas assumer davantage de responsabilités pour ce qui est de rendre notre sport « propre ». Ils en assument déjà beaucoup, en parlant contre le dopage et en se rendant disponibles pour les contrôles de dopage.

À mon avis, nous avons les mains liées. Comment lutter, comment convaincre tout le monde que les gros salaires potentiels ne valent pas les conséquences du dopage? En tant que sportifs propres, nous tentons de nous concentrer sur notre performance, malgré le fait que nos chances soient réduites à cause des tricheurs.

FJ : Pensez-vous que le problème du dopage augmente ou diminue en athlétisme? Avez-vous constaté une augmentation du problème au cours de votre carrière?

CM : Je crois que le problème du dopage devient plus grave à mesure que les méthodes se raffinent. Il semble que les tricheurs soient plus difficiles à démasquer. Le dopage a beaucoup évolué depuis le début de ma carrière.

FJ : Si vous en aviez l’occasion, que diriez-vous à un ou une collègue athlète qui se dope?

CM : Si j’avais l’occasion de parler à un collègue athlète qui se dope, je lui dirais que le jeu n’en vaut pas la chandelle. La gloire et l’argent ne valent pas les conséquences du dopage.

Je lui dirais aussi que s’il décide d’enfreindre les règles du sport pour arriver à armes égales avec les autres, il se trompe. Et je lui dirais de penser à sa famille, à son pays et à son sport, aux dommages qu’il va causer et à la gêne qui va suivre.