14 Août 2015
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Déclaration concernant l'élargissement du mandat de la Commission indépendante

[Émise par les membres de la Commission indépendante (CI) de l’AMA : Richard W Pound, c.r., Ad.E, président,  le professeur Richard H. McLaren et Günter Younger]

Le 1er août 2015,  la chaîne de télévision allemande ARD a diffusé un nouveau reportage faisant suite à celui du 3 décembre 2014 dans lequel de nouvelles informations sont révélées et d’autres allégations sont faites relativement à des fautes de l’Association internationale des Fédérations d’athlétisme (IAAF) quant au suivi de soupçons de dopage pendant la période comprise entre 2001 et 2012. Le reportage avançait également des allégations au sujet de pratiques de dopage systématique chez les athlètes kényans, principalement dans les compétitions de courses de fond.

Le reportage fait état de ce qui semble être une base de données des résultats de plusieurs milliers de contrôles effectués à la demande de l’IAAF, ainsi que d’un rapport publié par deux scientifiques australiens, Michael Ashenden et Robin Parisotto. 

Un grand nombre d’articles fondés apparemment sur l’information contenue dans la base de données ont été publiés peu après, principalement dans la presse britannique. Il est encore impossible de savoir qui a divulgué le contenu de la base de données, qui renferme les renseignements médicaux personnels des sportifs en cause. L’auteur de cette fuite n’est ni l’IAAF ni l’AMA, laquelle a confirmé que les données du Système d’administration et de gestion antidopage (ADAMS) n’avaient pas été compromises. 

Le président de l’AMA a soumis la question à la CI dans le cadre d’un élargissement de son mandat initial établi à la suite de la diffusion du premier reportage le 3 décembre 2014. Le mandat de la CI a donc été modifié en conséquence et ses trois membres,  Richard W. Pound, le professeur Richard H. McLaren et Günter Younger, ont accepté de demeurer en poste.  

La CI a indiqué qu’elle entend essayer de publier son rapport conformément à l’échéancier qui était prévu dans son mandat initial avant les plus récentes révélations. Il reste à savoir si les allégations faites dans le récent reportage viendront étayer, ou contredire, les conclusions de l’enquête initiale de la CI. L’IAAF a assuré la CI de son entière collaboration dans le cadre de son enquête sur cette question. La Commission a déjà entrepris ses travaux et des experts se sont rendus au siège social de l’IAAF hier pour commencer à analyser la base de données.

Plusieurs informations publiées dans les médias et des déclarations ont contribué à embrouiller la situation au lieu de donner des indications claires sur le recours ou non au dopage. En résumé et compte tenu des analyses préliminaires des experts, jusqu’à l’adoption du Passeport biologique de l’Athlète (PBA) en 2009, aucun des résultats des contrôles contenus dans la base de données ne pouvait être utilisé pour conclure de façon définitive au recours au dopage. Ces résultats pouvaient tout au plus servir d’indicateurs dans le cadre de contrôles futurs ciblés pour des sportifs présentant des valeurs anormales ou inhabituelles.  

La CI estime qu’il s’agit d’un point essentiel sur lequel il convient de revenir dans les circonstances : aucun résultat de contrôle contenu dans la base de données de l’IAAF effectué avant l’adoption du PBA en 2009 n’est admissible comme preuve de dopage. Toute allégation contraire serait irresponsable, voire diffamatoire. Les valeurs indiquées peuvent être suspectes et donner lieu à des contrôles ciblés des sportifs en cause, mais aucune autre mesure ne peut être prise à partir de cette information.

La Commission exécutera ce mandat élargi le plus rapidement possible, malgré les complications liées aux Championnats du monde qui se tiendront à Beijing à la fin d’août 2015.

Le travail d’enquête, qui est déjà amorcé, sera exécuté sous la direction de la CI par des membres du personnel de l’AMA bien au fait des résultats d’analyse, des contrôles et du PBA.  La méthode d’enquête élaborée par la CI à cette fin (et jugée appropriée par les experts et l’IAAF) comprendra les éléments suivants : 

  1. Obtenir une copie de la base de données ayant fait l’objet de la fuite et une confirmation de la part de l’IAAF qu’il s’agit – ou s’agissait – d’une partie ou de la totalité d’une base lui appartenant.
  2. Obtenir une copie du rapport rédigé par les scientifiques australiens.
  3. Obtenir de l’AMA les dates précises de la démarche ayant mené à l’adoption du PBA et des protocoles pertinents permettant de porter des accusations de violation des règles antidopage à partir du PBA, ainsi que les déclarations de l’AMA (ou d’autres organismes) concernant le caractère inapproprié de l’utilisation de résultats de contrôles suspects ou anormaux comme éléments de preuve de dopage.
  4. Vérifier quelles parties de la base de données de l’IAAF ont été versées dans ADAMS.
  5. Relever les résultats de contrôles suspects qui auraient dû donner lieu à des contrôles ciblés.
  6. Analyser les mesures prises par l’IAAF à la suite de ces résultats de contrôles suspects, notamment le moment où elles ont été prises et leur fréquence, en examinant les dossiers de l’IAAF au cas par cas, et informer la CI à ce sujet. 
  7. Fournir les échéanciers établis à partir des analyses précédentes [p. ex., date du contrôle, date de réception des résultats, date de la décision d’exiger des contrôles ciblés, date(s) des contrôles ciblés, date(s) de réception des résultats, date(s) de la décision d’entamer le processus de sanction, date(s) du processus et décision(s) de sanction et date(s) des sanctions provisoires, le cas échéant].
  8. Analyser les mesures prises par l’AMA relativement au suivi par l’IAAF des résultats de contrôles suspects, tout en ayant à l’esprit que la responsabilité pleine et entière à titre d’OAD revient à l’lAAF, et non à l’AMA, laquelle a un rôle de responsable de la surveillance, plutôt que de partie principale, à l’égard des questions de dopage dans l’athlétisme, et informer la CI à ce sujet.
  9. Déterminer dans quelle mesure, s’il y a lieu, les actions de l’IAAF découlent de celles de l’AMA. Déterminer quels processus internes l’AMA a mis en place pour coordonner le suivi avec l’IAAF et les autres OAD quant aux résultats de contrôles suspects?
  10. Indiquer pour quels sportifs présentant des résultats de contrôles suspects des contrôles ciblés subséquents ont révélé qu’ils s’étaient dopés et indiquer les dates et les résultats.
  11. Attirer l’attention sur les informations fausses véhiculées dans les communiqués des médias et ailleurs.
  12. Formuler des conclusions et des recommandations appropriées.